Armements Stratégies Militaires

Du nucléaire français- Enjeux, secret défense, et les citoyens qu'est ce qu'ils en pensent ?

Enjeux de la privatisation du nucléaire et pressions de la Commission Européenne néolibérale. Cocorico chiraquien sur l'idée d'une force de frappe nucléaire... Se battre contre les privatisations, et exiger qu'un véritable débat s'ouvre impliquant tous les citoyens sur les choix en matière de nucléaire, civil et militaire, en séparant l'un de l'autre.



Du nucléaire français- Enjeux, secret défense, et les citoyens qu'est ce qu'ils en pensent ?

Du Nucléaire national à.... Quelques données élémentaires qui permettent de comprendre la fragilité du caractère national du nucléaire français.

Le dispositif central en est AREVA (ex-Framatome), c'est le leader mondial du nucléaire qui a un chiffre d'affaire en 2005 de 10, 12 milliards d'euros (+ 3,1%), avec des activités particulièrement sensibles comme l'enrichissement de l'uranium, le traitement et le recyclage du combustible. Dans l'état des techniques, il y a imbrication entre le nucléaire civil et militaire. Beaucoup de dossiers concernant l'installation de centrales nucléaires sont ainsi frappés en partie par le secret Défense.

Les pressions sont fortes pour introduire AREVA en Bourse, mais l'Etat qui est actionnaire à 85% d'AREVA a décidé le 28 octobre de ne pas l'introduire en Bourse vu son caractère stratégique. En fait la situation est plus complexe qu'il n'y parait, cette décision de confirmation de l'indépendance nationale s'est accompagnée de rumeurs persistantes sur le démantelement du groupe. L'Etat ne conserverait que les activités sensibles et favoriserait un rapprochement entre le secteur des réacteurs nucléaires d'AREVA et les turbines conventionnelles du groupe Alsthom.

Là intervient une autre saga : celle du groupe Alsthom menacé de faillite et guetté par de grands secteurs étrangers en particulier Siemens. L'Etat pour résister avait dû nationaliser partiellement.

Mais ces pratiques de "patriotisme" français ont été particulièrement mal vécues par la Commission Européenne, en particulier par la commissaire chargée de la concurrence Neelie Kroes. (1) Et en 2008, l'Etat français est obligé de sortir du capital d'Alstom et Siemens a pris pied dans Framatome ANP (34%).

Autre donnée, dans le monde avec l'épuisement programmé du pétrole, partout on s'équipe en centrales nucléaires. Au japon est apparu un nouvreau géant Toshiba-Westinghouse. C'est dire si le démantélement d'AREVA est envisagé avec enthousiasme, avec des accents lyriques il est question d'une équipe qui gagne avec l'union de la partie réacteur et d'Alstom, donc le démantélement d'AREVA.

Pour le moment, l'Etat français résiste, enfin Dominique de Villepin qui le 2 février a démenti toute forme d'évolution du groupe AREVA et renouvelé sa confiance à Anne Lauvergeon, sa présidente.

Mais on mesure bien comment pris en étau entre les pressions de ceux qui veulent la part du gâteau, et la Commission Européenne, il est possible et même probable que les espérances gaulliennes s'effacent devant le poids des réalités.

La privatisation d'EDF a aussi eu cette dimension d'ouverture à la curée...

On mesure également comment si on introduit le secteur de l'armement totalement privatisé, l'idée d'une force de frappe nucléaire qui garantirait l'indépendance de la France doit être relativisée...

Il est clair, et c'est là encore une des bases de l'affrontement entre Chirac-Villepin et Sarkozy, que ce dernier a une autre vision, comme d'ailleurs le PS et ses rêves d'intégration européenne...

Comme il n'y a plus de force politique en France, capable comme l'avait en son temps le PCF de contraindre à la nationalisation, de se battre contre les privatisations, et que le complexe-militaro industriel qui dirige la presse et l'édition(2) prend bien garde de ne plus éclairer les enjeux et exige du donnant-donnant pour soutenir soit Sarkozy, soit Villepin, nous mesurons bien la fragilité du rêve gaullien d'une politique indépendante de la France.

Mieux, pour asseoir ses projets de "patriotisme" français basé sur l'existence hypothétique d'une bourgeoisie nationale(3), voir européenne(4), le premier ministre doit faire la preuve de sa capacité à affronter victorieusement les "réformes" qu'exige de lui le patronat. Il n'y a pas que le Contrat Première Embauche, le gouvernement annonce la suppression de 20.000 à 25.000 postes de fonctionnaire dans le budget 2007. Il accepte de surcroît (et la baisse de ton de Thierry Breton sur le dossier ARCELOR va en ce sens) de laisser faire les jeux boursier et promet de ne plus intervenir comme il l'avait fait pour Alstom (et même pour Danone). C'est à ce prix qu'il tente de sauvegarder le contrôle sur le nucléaire français, mais il est probable que dans cette logique il ne pourra plus s'opposer au démantélement.

On mesure également les limites d'une politique d'affrontement avec les Etats-Unis sur le Moyen-Orient. Les contradictions entre intégration européenne, privatisation qui donnent à la politique de J. Chirac de plus en plus d'opacité, ce qu'il doit laisser à chaque coup d'indépendance réelle pour infléchir l'atlantisme dominant de ses alliés européens.
Surtout si l'on mesure l'entrée dans le jeu de pays qui eux jouent plus la maîtrise, voir la planification comme la Chine ou la Russie. (5)

Nous sommes dans un univers qui frappe par l'autarcie dans lequel vit ce petit monde de la mondialisation néo-libérale, le mépris profond dans lequel sont tenus les peuples...

Danielle Bleitrach

(1) Ainsi le decret français sur la protection des entreprises intervenant dans le secteur sensible a été repoussé par la Commission européenne de la concurrence qui a donné un mois à Paris pour revoir sa copie. Sur l'affaire Mittal, la commissaire européenne a au moins le mérite de la clareté puisqu'elle déclare que "les champions nationaux l'indifférent et que seuls l'intéressent les champions globaux basés en Europe" (Mittal a son siège à Rotterdam).

(2) Le Monde a un nouvel actionnaire (15%) Lagardère et leur union est en train de finir de conquérir la presse régionale...

(3) Celle-ci est elle-même menacée dans son mode de fonctionnement traditionnel par une directive européenne qui prétend "rendre le pouvoir aux actionnaires" (article 9) cet article prohibe tout moyen de défense aux entreprises attaquées dès lors qu'il n'ont pas été validés par des assemblées d'actionnaires postérieurement au déclenchement de l'offre. L'acceptation in fine de laisser la parole aux actionnaires dans les jeux boursiers dans le cas d'Arcelor s'explique non seulement parce que vu l'absence de minorité de blocage, il était difficile de faire autrement, mais aussi par un bras de fer européen et la volonté du patronat français d'aller à l'assaut d'autres secteurs internationaux. Nous passons insensiblement d'un management familial aux stratégies basées sur les fonds de pension.

(4) Alors là l'idée d'une bourgeoisie nationale unifiée devient de plus en plus grotesque, non seulement Thyssen a joué le traître de service contre Arcelor, mais les nouveaux pays de l'est sont comme la commissaire européenne à la concurrence farouche partisans de la globalisation "ouverte". Alors que la stratégie gaullienne de Chirac Villepin tente de construire un espace fermé, limité, les autres ouvrent à tous les vents... Et sont au niveau des gouvernements tournés avec les USA vers le démantèlement des marches de la Russie dans la guerre du Gaz...

(5) Le groupe Mittal est certes un groupe dont on a beaucoup insisté sur le caractère indien et familial(100%) et qui a joué a contrario des restructurations de la sidérurgie européenne mais on peut s'interroger sur l'implantation de l'essentiel de ses activités dans l'immense Kazakhstan riche réserve pétrolière et lieu d'enjeu entre les USA, et la Russie mais aussi de la Chine et l'Inde.

Le secret défense, le nucléaire et la dépolitisation des citoyens français

Est-ce qu'on se rend bien compte à quel point l'idée d'un domaine réservé au seul président de la République dans le domaine de la défense et de l'utilisation de la force de frappe a de profondes incidences sur des questions qui pourtant devraient logiquement relever du débat public ?

Nous sommes en présence d'une sorte de droit coutumier du secret d'Etat qui ne cesse de s'élargir, et qui avec la politique de privatisation, soumet de plus en plus la défense nationale aux marchands d'armes. Ainsi la doctrine de dissuasion gaullienne est devenue celle d'une armée de métier où se mélangent le conventionnel et le nucléaire mobile et ciblée pour aller attaquer sur place ceux qui menacent "les intérêts" de la France ou de ses "alliés". De même, cette défense là est de plus en plus intégrée à l'Europe (voir Galleo) et la maîtrise stratégique de l'espace. Et comme la doctrine de cette Europe, qu'elle soit "socialiste" ou de "droite" repose sur le néo-libéralisme, la logique de privatisation aboutit à un complexe-militaro industriel qui comme les Etats-Unis commande aux gouvernements.(1)

De la défense on peut dire que bientôt il ne restera plus que le secret défense, et que celui-ci s'étendra au rythme des privatisations jusqu'à des domaines civils, en particulier ceux de l'energie nucléaire civile.

Anticipation ?

Il n'en est rien. Le lundi 30 janvier 2006, il s'est tenu à Dunkerque une réunion sur l'organisation d'un débat public sur le projet d'un réacteur franco-allemand de la troisième génération à Flamanville dans la Manche. Le débat est rendu inutile puisqu'une loi sur l'énergie a été votée par le parlement le 13 juillet 2005. Les participants ont mis en doute le fait qu'un tel projet relève de la loi. Encore peut-on considérer que même en plein mois de juillet, on peut considérer qu'il y a eu débat au parlement, même avant que la commission locale ad hoc ait eu les moyens de se prononcer.

Plus grave, le fait que l'EPR a de nombreuses données qui sont classées dans "le secret défense". Et d'autres qui ne sont pas "classées" comme les conséquences d'un accident mais que dans la pratique, il est fait comme si elles étaient "classées". L'existence d'un régime juridique unique pour les activités militaires et civiles conduit selon Michel Prieur, professeur de Droit à Limoges, "à des abus de classification sans justification sérieuses". Notons par ailleurs qu'un projet de loi sur la transparence nucléaire existe bien à l'Assemblée, mais qu'il est repoussé. Nul doute que nos députés qui n'ont pas manifesté une inquiétude particulière devant le discours du président, auront à coeur de le faire passer en séance avant le mois d'aôut 2006 et d'alerter leurs électeurs sur tous ces problèmes.

Pourtant si l'on veut avoir un véritable débat pour nous et pour la planète sur le développement, il faudra bien apprendre à dénouer les peurs par des choix autant que par des mesures appropriées. Et en particulier apprendre à détacher le problème de l'usage militaire et civil du nucléaire, autant que des économies d'énergie par l'occident.

Petite conclusion : on voit à quel point tout ce qui est reproché à l'Iran justifierait paraît-il de crier au feu nucléaire, en particulier dans le cas d'un régime autocratique, mais ne peut être reproché au gouvernement français

Alors que nous aurions intérêt y compris en France à nous donner les moyens d'une reflexion qui détacherait le nucléaire civil du militaire, un véritable débat citoyen sur les risques et la prévention, nous assistons au mouvement inverse, celui de l'exclusion du débat.

Enfin, il faut également noter que la lecture de la presse russe est infiniment plus éclairante sur les questions du nucléaire civil et militaire que les appels aux armes de nos marchands d'armes nationaux qui dirigent notre presse, puisque les Russes expliquent qu'ils ont mis au point le moyen de distinguer recherches et activités militaires et civiles, ce qui aujourd'hui dans l'état des techniques est difficile.

Danielle Bleitrach 3/O2/06


(1) Fiction point du tout, il suffit de considérer l'OPA sur Arcelor, où il n'existe aucune minorité de bloquage et que même si le Duché du Luxembourg fierement refuse de vendre le 5,6 % du capital qu'il détient, les gouvernements français, belge et espagnol et luxembourgeois apportent "leur appui moral à une entreprise européenne", la parole reste aux actionnaires... On en rirait si après on ne nous racontait pas que cette Europe-là est destinée à nous protéger de l'ennemi barbare à nos portes.


Guerre nucléaire contre l'Iran

Samedi 04 Février 2006
Danielle Bleitrach

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