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Déni : quand un intellectuel de gauche italien minimise les crimes de guerre israéliens en Palestine

Nous publions un éditorial de Mr Erri de Luca paru dans Il Manifesto, qui minimise les crimes de guerre israéliens contre le peuple palestinien, et qui s'avère d'ailleurs truffé de faits inexacts. Suivent deux remises en perspective critiques de cet éditorial. Cette position de Mr Luca n'est malheureusement pas spécifique à la gauche italienne. Ce déni de réalité est particulièrement inquiétant, et en tout cas condamnable.



Le sigle à l'origine de l'éditorial
Le sigle à l'origine de l'éditorial

L'Editorial de Mr Luca : Les mots imprononçables

Tu ne feras pas cuire l’agneau dans le lait de sa mère, est-il écrit dans le livre sacré. Tu ne transformeras pas la mère de la victime en complice du boucher de son fils. Accuser Israël d’affamer la Palestine en utilisant l’inscription nazie du camp d’extermination d’Auschwitz est cuire l’agneau dans le lait de sa mère. On ne peut pas prendre le sigle du pire crime de l’humanité et le retourner contre les descendants des victimes. Mais on l’a fait, par légèreté ou par insulte.

Faim est un mot gigantesque, la réduction au degré le plus bas de la dignité humaine. La fermeture intermittente des passages de Eretz Israël ce n’est pas la faim. Après l’attentat de Tel Aviv, ils sont restés fermés 24 heures. Les milliers d’ouvriers palestiniens qui ne travaillent plus en Israël, ce n’est pas la faim. Un mur qui sépare fait mal mais n’est pas la faim. Les serres des colonies juives démantelées à Gaza ont été détruites par la propriété palestinienne revenue dans ses territoires. Ce n’est pas un geste de faim. La légitime élection démocratique du Hamas au gouvernement de la Palestine a des conséquences internationales comme la suppression des fonds des pays étrangers mais ce n’est pas un siège, ce n’est pas Sarajevo. La faim annoncée par la vignette de Liberazione il y a quelques jours n’a rien à voir avec « Arbeit macht frei » à l’entrée d’Auschwitz. Par là sont passés les condamnés à l’extermination. Le copyright sur cette inscription appartient aux nazis. Personne ne peut le détacher du lieu capital de l’infamie et l’apposer polémiquement sur le seuil de quelqu’un, bien moins sur le seuil d’Israël. C’est triste quand l’intelligence et la compassion de personnes proches se bloquent et procurent un dommage au lieu d’un soulagement. Ce lieu est un nerf de l’histoire mis à nu depuis des milliers d’années. Trois monothéismes, trois fois exclusives y ont leurs sanctuaires au coude à coude. C’est un point de la géographie à traiter avec la prudence d’un artificier qui manœuvre pour désamorcer la charge, pas pour l’allumer.

ERRI DE LUCA

Edition de mardi 16 mai de il manifesto
http://www.ilmanifesto.it/Quotidiano-archivio/16-Maggio-2006/art4.html
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Ce silence assourdissant sur la mort de la Palestine

Si on traduisait en hébreu l’article, paru mardi dernier sur il manifesto, de Erri De Luca, et si on le faisait lire à n’importe quel israélien, celui-ci l’identifierait sans aucun doute comme un texte propre à un membre du Likoud. Au delà de la discussion hypocrite sur la parole « faim », il faudrait rappeler qu’Israël essaye d’affamer les palestiniens de la façon décrite typiquement par Giorgio Agamben dans son « Homo Sacer », où on fait appel à l’ « aide humanitaire » immédiatement après avoir tout détruit.

En Palestine, les gens vivent dans une peur, une pauvreté et une faim croissantes, et dans des conditions qui condamnent les futures générations à un avenir de sous-développement. Gaza est un énorme ghetto, bombardé tous les jours par une centaine de missiles. En Cisjordanie, les villages sont isolés l’un de l’autre, les villes sont scellées et les autoroutes fermées aux arabes. La presse italienne se comporte comme si elle était sous la censure de Mussolini en ne parlant pas des souffrances des palestiniens. Je regrette pour Erri de Luca : si jeune et déjà censeur (et au profit de qui ? d’une des pires occupations militaires depuis la deuxième guerre mondiale).

Depuis 1991 – avant que ne commence la campagne terroriste de la moitié des années 90- les palestiniens ont vécu sous la politique israélienne de fermetures et séparations (apartheid en hollandais). Ils sont étranglés et séparés de leurs communautés, de leurs centres, de leur économie. Le lieu où ils vivent et se déplacent devient systématiquement plus petit. Aucun palestinien de moins de 16 ans ne sait ce que veut dire aller en vacances de l’autre côté de son pays. Personne ne se déplace au delà de 10 kilomètres. Le chômage augmente. Pendant les années d’occupation, Israël n’a pas permis aux palestiniens d’avoir leur propre économie, sans parler de construire leur propre industrie. Aujourd’hui ils ne peuvent acheter des marchandises qu’en Israël. Ils n’ont pas d’autres choix. Ils ne peuvent rien vendre à Israël, même pas leurs légumes. La destruction de la Palestine est une réalité quotidienne. Et je dois ajouter : le silence sur la mort lente de la nation palestinienne fait partie de la longue tradition européenne de laisser mourir l’Autre.

Mais l’article de Erri de Luca est paradigmatique de quelque chose de pire qui est en train d’arriver en Europe. Le passé juif en Europe est une sorte de représentation commode d’un passé européen homogène, dans lequel une métaphore - l’Holocauste- recouvre toute autre chose. Pas l’Holocauste en tant que partie de l’histoire européenne, mais quasiment le contraire. L’histoire se perd. Le fascisme ? Trop controversé. Le rôle de l’Eglise catholique ? On ne peut pas en parler. Pie XII ? En somme c’est presque un saint.

Cette attitude pro-sioniste de la gauche européenne n’est pas une particularité italienne (et dans ce cas on peut même dire que ce n’est pas la faute d’Israël). Cette collaboration de la gauche européenne avec la droite israélienne comble un vide énorme en Europe depuis la chute du communisme, et sert la construction d’une nouvelle identité européenne. Les enfants irakiens et palestiniens sont les nouveaux « éthiopiens ». Qui s’en soucie ? Nous, européens, sommes les humanistes. Nous avons toute possibilité de rester silencieux sur l’étouffement de la Palestine. Notre possibilité s’appelle Holocauste ou Auschwitz. Peu nous importe de les relier dans l’histoire. Nous avons besoin de mythologie, pas d’histoire.

ITZHAK LAOR écrivain israélien

Edition de vendredi 19 mai 2006 de il manifesto
http://www.ilmanifesto.it/Quotidiano-archivio/19-Maggio-2006/art6. html
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio



Graffiti réalisé par des descendants israéliens de survivants  de l'Holocauste
Graffiti réalisé par des descendants israéliens de survivants de l'Holocauste
Des descendants de survivants de l'Holocauste vivant en Israel ont protesté contre le cynisme du panneau accroché par les autorités d'occupation israéliennes sur la barrière/mur qui ghettoïse l'une des villes palestiniennes de Cisjordanie et qui porte l'inscription en arabe, hebreu et anglais :

" L'espoir de nous tous"

Il ont réalisé un graffiti reprenant l'inscription de ce qui était inscrit à l'entrée des camps nazis :

"Le travail rend libre".

Sionisme n'est pas Judaisme

Mr Erri de Luca introduit son éditorial en citant (sans toutefois en mentionner exactement la source) une loi du judaïsme. D’emblée donc il répand la confusion entre judaïsme et sionisme.

Faut –il le rappeler pour la nième fois, judaïsme et sionisme sont deux choses différentes. Le judaïsme est une religion, et pour certains juifs non croyants une culture, le sionisme est une idéologie nationaliste particulière à certains juifs mais qui n’a jamais fait l’unanimité, ni hier ni aujourd’hui, loin s’en faut.

Manipulation symbolique alors ?

Quelle relation il y a-t-il en effet entre :

La loi de base du judaïsme règlementant les pratiques alimentaires des juifs : la kashrout, telle qu’énoncée dans cette citation

Et le sujet de cet éditorial ?

Aucune.

D’autre part sur

« On ne peut pas prendre le sigle du pire crime contre l’humanité et le retourner contre les descendants des victimes. »

Il y a actuellement plus de 5 millions de sionistes israéliens. En Israël vivent 280 000 rescapés de l’Holocauste (dont 40% vivent en dessous du seuil de pauvreté).

En quoi donc le fait d’utiliser ce sigle revient-il à « le retourner contre les descendants des victimes », sauf d’assimiler juifs et sionistes.

Les victimes de cette terrible tragédie de l’Holocauste étaient toutes juives, mais certainement pas toutes sionistes.

Les sionistes israéliens (il existe aussi des sionistes chrétiens, américains, italiens…), ont su politiquement tirer profit de cette tragédie pour construire un état qu’ils revendiquent comme étant celui des juifs.

De quel droit 1/3 de sionistes s’imposent–ils comme porte parole et représentant planétaire des 2/3 des juifs qui vivent dans différents pays de la planète, où leur droits comme citoyens à part entière sont reconnus et respectés ?

Existe –il encore actuellement un pays où ce n’est pas le cas ?

Même en Iran, que l’on diabolise actuellement à des fins guerrières, la minorité juive (25 000 juifs) a une représentation au parlement iranien, comme toutes les minorités iraniennes d’ailleurs.

Les sionistes ont manipulé l’Holocauste et continuent de le faire à des fins politiques*, sans respect pour la mémoire des victimes. Mais, ce respect pour les victimes ils ne l’ont jamais manifesté, puisque les rescapés de l’Holocauste en Israël étaient traités de « sabonim » savonnettes jusqu’à la fin des années 60.

Dernier point

Mr Erri de Luca introduit une hiérarchie dans les crimes contre l’humanité : il parle du « pire crime contre l’humanité ». Chaque crime contre l’humanité, a, hélas, ses propres spécificités, la barbarie humaine ne manque ni d’imagination ni de méthodologie pseudo rationnelle pour cela. Aux historiens, sociologues, anthropologues, psychologues …. d’en définir les caractéristiques, aux humains d’en tirer les leçons pour qu’ils ne se reproduisent plus.

La leçon de l’Holocauste a-t-elle été tirée ?

Non, l’histoire parle d’elle-même : les massacres de civils se sont amplifiés depuis la seconde guerre mondiale, et encore aujourd’hui en Irak, en Palestine, au Dafour, des génocides sont en cours.

Pourquoi ?

Parce que certains continuent d’établir une hiérarchie en matière de vie humaine, certaines vies valant apparemment plus que d’autres. Leur engagement à défendre les victimes est sélectif, mais quand on introduit une telle hiérarchie, il ne peut en être autrement.

Pour conclure, à l’exemple de Mr Erri de Luca, je ferai appel à une citation de la Torah :

« D. créa l’homme à son image ; c’est à son image qu’il le créa » (Genèse 1 – Berechit version massorétique).

C’est l’EGALITE entre êtres humains qui est ici clairement définie, dans ces quelques mots, répétés pour en amplifier la signification et l’importance.

Pour quiconque est profondément attaché à ce principe d’EGALITE, qu’il soit religieux on non, établir une telle hiérarchie est tout simplement une négation de l’éthique qui pose le principe d’égalité comme pilier des droits de l’homme, du respect qui lui est du, de l’engagement de tout être humain digne de ce nom à le défendre.

Du principe d’égalité naît le respect, grâce auquel peut se construire un monde de justice et de paix.

Myriam Abraham

*Sur l’utilisation de l’Holocauste par les sionistes israéliens consulter le site en anglais de jews against zionism (juifs contre le sionisme)



Au Nom de la Torah : Une histoire de l'Opposition Juive au Sionisme Y.M Rabkin

Mercredi 24 Mai 2006
Mireille Delamarre

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