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Côte d’Ivoire, Probo Koala, Catastrophe Sanitaire Mortelle et Ecologique : Profits pour l’Europe, Produits Toxiques pour l’Afrique

L’Europe ne voulait pas prendre la cargaison puante et empoisonnée du bateau. Donc il a navigué vers l’Afrique et a déchargé ses saletés toxiques dans une lagune de la Cote D’Ivoire. C’est juste l’exemple le plus récent de l’utilisation par les nations occidentales de l’Afrique comme une décharge pour déchets toxiques.



Les activites de GreenPeace au pied du Probo Koala dénoncent : l'Europe intoxique l'Afrique copyright Greenpeace
Les activites de GreenPeace au pied du Probo Koala dénoncent : l'Europe intoxique l'Afrique copyright Greenpeace

Le Probo Koala, navire de déchets toxiques.

L’Europe ne voulait pas prendre la cargaison puante et empoisonnée du bateau. Donc il a navigué vers l’Afrique et a déchargé ses saletés toxiques dans une lagune de la Cote D’Ivoire. C’est juste l’exemple le plus récent de l’utilisation par les nations occidentales de l’Afrique comme une décharge pour déchets toxiques.

Le pire c’est quand il pleut. L’eau coule à travers les rues d’Abidjan, la capitale de la Côte d’Ivoire, située près de toute une série de lagunes. Avec l’eau, vient une soupe toxique de poison industriel – des saletés sombres et luisantes empestant le soufre et les œufs pourris. Les fumées caustiques qu’elles dégagent provoquent des vomissements, des saignements de nez, des maux de tête, et des rougeurs.

L’hôpital de Cocody, un quartier périphérique de cette ville de 4 millions d’habitants est en état d’alerte maximale. Des femmes attendent debout dans les couloirs, pressant des masques en papier serrés contre leur nez et leur bouche. Les masques sont actuellement un produit très recherché en Côte d’Ivoire où des vendeurs de rue les proposent pour 20 centimes ouest africain pièce.

Il y a un peu plus d’un mois, un groupe de camions citerne contenant une mixture toxique de produits chimiques d’entretien, d’essence et de pétrole brut en bouillie a été envoyé dans les rues d’Abidjan. Sous couvert de la nuit, les conducteurs ont déchargé en secret leurs chargements dans 14 endroits autour de la ville – près des champs de légumes, des élevages de poissons et de réservoirs d’eau. Tout compris, la cargaison était de 528 m3 de déchets toxiques ayant atteint la côte ouest de l’Afrique à bord d’un navire cargo et pétrolier.

Maintenant, la plupart des quartiers résidentiels voisins des sites de décharge ont été désertés. Quand les informations sur les premières victimes ont été connues, des milliers ont chargé leurs affaires sur des charrettes tirées par des ânes, et des bus, et sont partis dans les forêts proches – d’où beaucoup avaient fui récemment pour échapper à la violence de la guerre civile dans le pays. Des manifestants en colère ont envahi les rues d’Abidjan. Le ministre du transport, qui a démissionné après le scandale, a été sérieusement battu en plein jour. La bouillie toxique a déjà causé la mort de 7 personnes, 4 d’entre elles des enfants, et plus de 9000 sont tombées malades, suivant des chiffres officiels. Et, bien que les vapeurs deviennent progressivement moins toxiques, il n’y aucune raison d’être optimiste. Le désastre a paralysé la collecte d’ordures de la ville, provoquant des craintes d’une épidémie dans la communauté médicale.

Le désastre est instructif. C’est ce qui arrive quand des sociétés occidentales riches n’ont plus de place pour déverser leurs déchets, quand des lois environnementales de plus en plus strictes chez elles provoquent une montée en flèche des coûts de l’élimination des déchets, quand des criminels profiteurs cherchent des solutions bon marché.

Les morts et les malades d’Abidjan démontrent les échecs des agences gouvernementales, le manque de scrupule des hommes d’affaires, et la nature douteuse des accords internationaux comme la Convention de Basel qui a en fait interdit le transport de déchets toxiques vers les pays en développement depuis 1989. Pour Achim Steiner, le directeur du programme environnemental des Nations Unies, le transport maritime toxique déchargé en Côte d’Ivoire est « un exemple particulièrement douloureux de comment l’élimination illégal de déchets provoque de la souffrance humaine. »

Suppression des déchets européens

Plusieurs experts voient le cocktail toxique d’Abidjan comme le scandale environnemental le plus grand d’Afrique. Mais l’Odyssée du Probo Koala montre que le scandale est une histoire sordide qui se déroule au cœur même de l’Europe.

Cela a commencé l’après midi du 2 juillet. Comme le navire était déchargé dans le port pétrolier d’Amsterdam, un vent d’ouest a transporté la puanteur vers les quartiers résidentiels voisins dont les habitants ont prévenu la police. « C’est la pire des puanteurs que nous avons expérimentée ici « a dit un employé des services portuaires d’Amsterdam, (SPA) une société d’élimination de déchets. Cette société a prélevé un échantillon de la substance noire de l’un des containers du bateau. Bien que déclaré comme étant « de l’eau usée » utilisée pour nettoyer les réservoirs d’essence des bateaux, l’analyse chimique a fourni une histoire différente. Les hydrocarbures dans la substance contenaient de hautes concentrations d’une substance connue sous le nom de mercaptan –une substance qu’on trouve dans des pétroles bruts et qui est produite par des matières végétales en décomposition, et qui est hautement toxique – et puante– lorsqu’elle se trouve en grande concentration. Les autorités ont arrêté le déchargement des déchets. Le capitaine du navire qui appartient à un grec et est enregistré à Panama, a refusé, en colère, une proposition de fonctionnaires de la SPA d’éliminer les déchets proprement sur des sites spéciaux à Rotterdam. Le coût aurait été de l’ordre d’environ 250 000 dollars plus 250 000 dollars de frais de pénalisation pour le retard du bateau à son prochain port d’escale en Estonie.

Pour les dirigeants de Trafigura, une compagnie pétrolière hollandaise avec des ventes annuelles de 28 billions de dollars, ce coût était trop élevé. La direction a décidé d’envoyer le bateau vers sa prochaine escale.

3 jours plus tard, le Probo Koala s’est remis à naviguer, se dirigeant maintenant vers l’Estonie. Selon les règles internationales qui régissent le transport maritime transfrontalier de matières dangereuses, les autorités allemandes auraient du recevoir une notification du passage du bateau dans les eaux allemandes et danoises. Les responsables du port d’Amsterdam ont effectivement envoyé un message urgent à leurs collègues à Paldiski, un port estonien, les informant qu’un navire avec une « cargaison suspecte » naviguait dans leur direction. Le Probo Koala n’a pas pu non plus se débarrasser de sa soupe chimique à Paldiski, où il a chargé une autre cargaison d’essence à destination de l’Afrique. Apres avoir déchargé l’essence au Nigeria, le navire affrété par Trafigura est arrivé en Côte d’Ivoire en août. Une société dénommée Tommy qui venait juste d’être créée en juillet a réceptionné la bouillie que les ports européens avaient refusée.

Les medias ivoiriens étaient remplis de spéculations concernant l’accident. Est-ce que Tommy a été créée spécialement pour cette affaire ? Et est ce que Trafigura a joué un rôle ? Trafigura et des membres de la famille du président possèdent des actions dans une société appelée Puma Energy, qui a attribué le contrat à Tommy pour éliminer la bouillie toxique que le bateau transportait. Des responsables aux quartiers généraux de Trafigura en Hollande ont nié toute implication avec Tommy.

On a fait pression sur des journaux locaux suite à des articles parus parlant du « Tchernobyl ivoirien ». 2 journalistes ont été arrêtés de même que 7 employés de sociétés de traitements des déchets. Le président ivoirien Laurent Gbagbo, qui est peut être impliqué dans le scandale des déchets à travers des membres de sa famille a rapidement dissous tout le gouvernement.

Spiegel a obtenu une copie d’un fax confidentiel envoyé par le capitaine du Probo Koala à sa société partenaire africaine dans lequel il écrit que le chargement était « non pas de l’eau usée d’opérations navales normales » mais « des eaux usées chimiques » qui dépassaient les limites tolérées.

Des enregistrements documentant les mouvements du bateau montre que le Probo Koala a passé une longue période de temps cette année au large des côtes de Gibraltar et de la ville espagnole d’Algeciras, où il a servi comme « bateau bunker » pour des déchets chimiques d’autres bateaux – une accusation que Trafigura a nié.

Selon une analyse d’experts d’APS Amsterdam, les caractéristiques des matériaux suggèrent que c’était des déchets de raffineries. Cependant, Trafigura a dit que les déchets pétroliers sur le Probo Koala s’étaient accumulés dans la partie inférieure de la soute/container du bateau après de « nombreux nettoyages ». Le cocktail chimique dit Trafigura, s’est développé à la suite « de l’addition de trop de soda. »


Une tendance en Europe

Quelque soient les révélations des études à venir, des initiés sont préoccupés par ce qui apparaît nettement comme une tendance en expansion. Le commerce mondial continuera à générer des scandales de déchets, dit le directeur d’ UNEP (United Nation Environnemental Program, Programme Environnemental des Nations Unies) Steiner, parce que « la contrebande de déchets dangereux devient de plus en plus lucratif. » Steiner veut voir son agence mieux équipée pour identifier de tels « affaires corrompues ayant des conséquences mortelles » avant qu’elles ne se fassent, et qu’on impose de « lourdes amendes « à ceux qui violent les lois. L’agence de l’ONU projette d’envoyer 13,5 millions de dollars en aide immédiate en Côte d’Ivoire.

L’organisation internationale environnementale Greenpeace craint également que les nations émergentes et leurs régimes souvent corrompus n’offrent une nouvelle fois au monde industrialisé des options de traitements des déchets à bon marché. Bien que ces pratiques aient diminué quelque peu ces dernières années suite à différents traités adoptés, il y a actuellement de plus en plus de rapports faisant état de tentatives d’exporter des déchets toxiques. Cela a poussé le directeur exécutif de Greenpeace International, Gerd Leipold, à mettre en garde contre « un colonialisme de déchets toxiques ». Comme le montre un certain nombre de cas récents, les préoccupations de Leipold ne sont pas sans fondement.

  • Des ballots de déchets plastiques collectés sous la responsabilité d’un programme de recyclage ménager allemand « Point Vert » ont fini dans le désert égyptien

  • Au Nigéria, un homme d’affaires a été payé 100 dollars par mois pour stocker des milliers de containers de déchets toxiques italiens sur sa propriété.

  • Dans un accord passé entre le gouvernement du pays ouest africain du Benin et signé avec la France, le Benin reçoit une avance de paiement de 1,6 millions de dollars et 30 ans d’aide au développement en échange de l’acceptation de déchets dangereux, inclus des déchets radioactifs.

Souvent dissimulés sous l’exportation de « biens de valeur » de grandes quantités d’ordinateurs en pièces, de téléphones mobiles et d’autres gadgets électroniques de même que des vieilles voitures et refrégérateurs sont envoyés en Afrique – touts contenant des substances dangereuses, dont certaines sont très toxiques, inclus du pétrole, des dioxines et des PCB.

Un accident avec des conséquences épouvantables avec des déchets toxiques pourrait bien déjà être en préparation en Somalie, pays ravagé par la guerre sur la côte est de l’Afrique. Le tsunami de décembre 2004 a aussi touché les côtes sableuses de la Somalie, où 300 personnes ont péri. L’organisation allemande d’aide Caritas a fourni une aide humanitaire à travers son organisation partenaire somalienne tout spécialement aux pêcheurs somaliens touchés par cette vague géante.

Des somaliens ont emmenés des travailleurs humanitaires de Caritas sur la plage pour leur montrer une découverte étrange. Le tsunami a mis à découvert de grands containers dans les sédiments au large de la côte plate du pays et les a poussés vers la côte. Les containers non étiquetés d’origine inconnue sont précautionneusement scellés. En frappant sur ces containers, les travailleurs ont découvert qu’ils contenaient un liquide.

Caritas a embauché l’ancien directeur de Greenpeace Andréas Bernstorff, pour l’envoyer en Somalie où il a fournit aux travailleurs locaux des vêtements de protection. Des plans initiaux de transvaser des containers les toxiques dans d’autres containers ont été abandonnés. Au lieu de cela, les travailleurs ont enveloppé provisoirement les mystérieux containers dans de la fibre de verre.

Citant des « raisons de sécurité » à cause de la guerre civile en Somalie, l’UNEP a refusé de mener une enquête. C’est connu que d’importants transports maritimes de déchets toxiques, provenant spécialement d’Italie et de Suisse, ont été amenés en Somalie dans les années 80, et on pu être jetés au large de la côte. Le problème ne peut être résolu qu’en faisant un forage professionnel dans les containers aux parois épaisses en respectant des conditions strictes. Néanmoins, toute information nouvelle pouvant être révélée par les tests ne pourrait, après tant d’années, réellement avoir de conséquences significatives.

Mais le cas du Probo Koala, d’un autre côté, a produit une pression politique en Hollande, spécialement contre Pieter van Geel, le secrétaire d’état hollandais à l’environnement, dont les inspecteurs ont certifié que la bouillie noire était « des déchets de navire » relativement sans danger. Le plan actuel prévoit que les déchets toxiques d’Abidjan soient récupérés et brûlés dans une usine de traitement de déchets française.

Pour les enquêteurs hollandais la société Trafigura, une société de commerce pétrolier qui est soupçonnée d’être derrière ce scandale, n’est pas inconnue. Un tribunal du Texas a ordonné à la société établie en 1993 de payer des amendes et de reverser des profits d’environ 20 millions de dollars pour avoir violer les lois américaines et violer les règles d’embargo dans le cadre du programme « pétrole contre nourriture » en Irak.

Une commission d’enquête de l’ONU croit aussi que Trafigura a versé de larges sommes d’argent au fils ( Kojo Annan ) du secrétaire général de l’ONU Kofi Annan.

Dans le cas présent, la société insiste sur le fait que « la cargaison a été traitée de façon adéquate ». Néanmoins, selon les porte paroles de la société, Trafigura est « concerné » par «les résidus de la cargaison de pétrole» en Côte d’Ivoire.

Source et copyright : article de Der Spiegel traduit de l’Allemand en anglais par Christopher Sultan intitulé

TOXIC-WASTE SHIP "PROBO KOALA"
Profits for Europe, Industrial Slop for Africa


De Sebastian Knauer, Thilo Thielke et Gerald Traufetter

Paru sur le site anglais de Der Spiegel le 18 septembre
http://www.spiegel.de/international/spiegel/0,1518,437842,00.html

Traduction bénévole par MD pour information à caractère non commerciale pour Planète Non Violence

Plus d'information sur le site de Greenpeace


De la Barbarie Coloniale à la Politique Nazie d'Extermination



Vendredi 29 Septembre 2006
Mireille Delamarre

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