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Liban

Comprendre Les Elections De Juin Au Liban : Le Temps Est-Il Venu Du Changement ?

"...Au Moyen Orient il y a "élections" et élections. La majorité des élections, quand il y en a effectivement, tombe invariablement dans la première catégorie. Il y en a quelques unes néanmoins, qui se classent dans la seconde - des élections transparentes, légitimes, ayant du sens, qui ont à la fois des implications internes et régionales..."



Comprendre Les Elections De Juin Au Liban : Le Temps Est-Il Venu Du Changement ?

" C'est dans l'intérêt du Liban et de sa stabilité qu'il y ait un accord et un partenariat entre les Libanais pour gérer les affaires de leur pays". Sayyid Hassan Nasrallah, dirigeant du Hezbollah à propos des prochaines élections parlementaires

"Nous ne voulons pas faire partie du gouvernement si l' Alliance du 8 Mars (menée par le Hezbollah) gagne les élections". Saad Hariri, dirigeant de l'actuelle majorité parlementaire.

Au Moyen Orient il y a " élections" et élections. La majorité des élections, quand il y en a effectivement, tombe invariablement dans la première catégorie. Il y en a quelques unes néanmoins, qui se classent dans la seconde - des élections transparentes, légitimes, ayant du sens, qui ont à la fois des implications internes et régionales.

L'une de ces élections les plus connues est celle qui s'est tenue en Janvier 2006 quand le Hamas a remporté les élections parlementaires palestiniennes, obtenant la majorité au Conseil National de Palestine et la capacité de former un gouvernement. Surveillée par le Centre Carter, l'ancien Président US, Jimmy Carter a dit d'elles qu'elles avaient été des élections "ouvertes, honnêtes, et justes". Inutile de disserter sur la réaction qu'elles ont provoquée aux US, Israël et en Egypte - et en conséquence la punition subie par l'électorat .

En Juin prochain, deux pays du Moyen Orient vont tenir des élections qui auront des conséquences régionales, à quelque 5 jours d'intervalle; le Liban le 7 Juin et l'Iran le 12 Juin.

On a récemment discuté (http://www.counterpunch.org/amiri04102009.html) de l'affrontement entre le Président iranien Mahmoud Ahmadinejad et les candidats réformistes Mir -Hossein Mousavi et Madhi Karroubi.

Compte tenu du cadre politique libanais complexe basé sur le sectarisme c'est plus compliqué de comprendre les mécanismes et dynamismes derrière le vote parlementaire à venir.

8 Mars 8 versus 14 Mars

Actuellement au Liban il y a deux principales coalitions politiques, dénommées 8 Mars et 14 Mars.

L' Alliance du 8 Mars est ainsi dénommée suite à la manifestation de masse de 2005 à Beyrouth organisée par le Hezbollah pour exprimer son opposition à son désarmement, en soutien à la Syrie et à la résistance à Israël. La coalition comprend principalement le Hezbollah, le parti Amal de Nabih Berri et le Mouvement Free Patriotic (FPM) séculier du général Michel Aoun. Alors que Nasrallah et Berri sont des Musulmans Shi'ites, Aoun est un Chrétien Maronite et par conséquent bénéficie du soutien des Maronites et d'autres groupes chrétiens.

L' Alliance du 14 Mars, a été nommée après l'énorme manifestation du 14 Mars 2005 à Beyrouth, mais elle carrément anti syrienne. Elle a eu lieu exactement un mois après l'assassinat du Premier Ministre Rafiq Hariri et a marqué le début de la " Révolution des Cèdres". Cela a finalement mené au retrait de toutes les troupes syriennes du Liban après 29 ans de présence. le 14 Mars est l'actuelle coalition au pouvoir soutenue par les pays occidentaux et comprend principalement les partis sunnite druze et chrétien. Elle est conduite par Saad Hariri, milliardaire et fils de Rafiq, et son parti, le Future Movement, en constitue le principal bloc.

La tension et les récriminations mutuelles entre les coalitions du 8 Mars et du 14 Mars ont augmenté dramatiquement après l'attaque israélienne de Juillet 2006 contre le Liban. Cela a mené à une impasse politique de 18 mois au cours de laquelle le pays est resté sans président et les craintes d'un retour de la guerre civile se sont de nouveau répandues.

Cette longue impasse s'est finalement terminée après que des représentants des deux camps se soient rencontrés au Qatar en Mai 2008 et que l' Accord de Doha ait été accepté. Dans l' Accord, l'Alliance du 8 Mars a obtenu un droit de véto sur les décisions du cabinet. Une fois que cet obstacle et d'autres ont été surmontés, le candidat de consensus Michel Suleiman a rapidement été élu Président.

Arithmétique parlementaire

Ensuite, il est important de comprendre comment le parlement libanais est structuré.

La Chambre des Députés, ou Assemblée Nationale, comprend 128 sièges répartis à égalité entre Chrétiens et Musulmans. Ces sièges sont en plus sous divisés entre les 18 groupes religieux reconnus du pays ( les Chrétiens Maronites Disposent de 34 sièges, les Orthodoxes 14, les Sunnites 27 et les Shi'ites 27 etc...) On doit faire remarquer que cette répartition n'est basée sur aucune information démographique récente; le dernier recensement au Liban a eu lieu en 1932 et aucun n'a été réalisé depuis.

A l'Assemblée Nationale, l' Alliance du 14 Mars détient 70 sièges et celle du 8 Mars, 58.

En tenant compte que la plupart des candidats sunnites et shi'ites appartiennent respectivement au 8 Mars et au 14 Mars, les sièges détenus par ces deux communautés ont peu de chance de changer de mains et de faire pencher la balance d'un côté ou de l'autre.

En fait, le facteur décisif dans les élections législatives dépendra en grande partie de la répartition des votes chrétiens; pour le FPM d'Aoun ou pour les autres partis chrétiens affiliés au 14 Mars. Cela vaut aussi pour le vote druze qui a aussi, mais dans une moindre mesure, des partis dans les deux coalitions.

Des analystes croient qu'il y aura seulement 30 sièges en jeu, et le 8 Mars n'a besoin que de remporter 7 sièges supplémentaires pour obtenir une majorité parlementaire.

Libération des généraux.

Cette semaine, un évènement s'est passé qui pourrait les aider à atteindre leur but. 4 généraux détenus sans preuve pendant presque 4 ans après l'assassinat d' Hariri ont été relâché inconditionnellement sur ordre du Tribunal Spécial pour le Liban sous l'égide de l'ONU. Le juge du Tribunal a conclu qu'i n'y avait pas de preuve pour justifier la prolongation de leur détention qui était basée sur le seul témoignage d'un témoin qui s'est depuis rétracté, et a dit que les généraux n'étaient plus considérés comme suspects.

"Notre détention était motivée politiquement et a été exploitée pendant 4 ans par la majorité. Nous avons été emprisonnés à cause d'une décision politique mais avons été libérés par une décision de jusitice" a dit l'un d'eux lors de sa libération.

Les responsables judiciaires libanais qui ont d'abord ordonné leur détention, sont de proches alliés d' Hariri, et ce dernier pourrait effectivement en pâtir politiquement car les demandes appelant à leur démission commencent à se développer.

Le temps est-il venu du changement ?

Compte tenu de l'étroite marge attendue pour la victoire , aucune communauté religieuse, groupe, parti, ou alliance ne peut seul efficacement gouverner le Liban. La nécessité évidente d'une allliance parmi les partis politiques et les courants religieux fait du Liban un cas unique parmi les pays arabes et c'est exactement ce qu' Hassan Nasrallah, dans la citation en introduction, a indiqué. Malheureusement, il semble qu' Hariri ne pense pas comme cela si le 14 Mars ne gagne pas.

La possibilité de remplacer un gouvernement pro US au Liban, enfant adoptif identique au nexus pro américain Egypte Jordanie Arabie Saoudite, a obligé la secrétaire d'état Hillary Clinton a faire une visite imprévue à Beyrouth le weekend dernier. Interférant dans une élection pour laquelle elle a appelé à ne pas interférer, elle a également menacé implicitement d'une réduction de l'aide si le 8 Mars gagnait. Israël prévoit également des exercices militaires de grande ampleur sur la frontière libanaise une semaine avant le vote.

Mis à part l'intimidation et les menaces, les élections du printemps au Liban serve encore d'exemple de l'influence déclinante des dirigeants qui se sont alignés inconditionnellement sur les US et leur politique au Moyen Orient; que ce soit en adoptant une position réflexe anti iranienne, ou en soutenant le siège d'Israël et l'attaque contre Gaza, ou avec comme objectif d'étouffer la capacité de leur propres citoyens à s'exprimer librement dans les médias et dans les urnes.

Dans ce dernier cas de figure, le Liban est certainement l'exception. Et le 7 Juin, il a la capacité de divorcer de l'axe US Israël Egypte Jordanie Arabie Saoudite et d'envoyer un puissant message au reste du Monde Arabe : si le petit Liban peut le faire, vous aussi.

Rannie Amiri - 01-03 Edition du Weekend www.counterpunch.org. R. Amiri est un commentateur indépendant sur le Moyen Orient. Pour lui écrire : rbamiri AT yahoo DOT com.


Samedi 2 Mai 2009
Traduction Mireille Delamarre

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