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Communication non-violente - Marshall Rosenberg sur la création d'un monde non-violent

la justice réparatrice est basée sur la question : comment rétablit-on la paix ? En d'autres termes, comme rétablit t-on un état dans lequel les gens se soucient du bien-être des uns et des autres ? La recherche montre que les auteurs de méfaits qui passent par l'expérience de la justice réparatrice ont moins de chance de les répéter . Et c'est beaucoup plus apaisant pour la victime que la paix soit rétablie que de voir simplement l'autre personne punie.



Communication non-violente - Marshall Rosenberg sur la création d'un monde non-violent

Au delà du bien et du mal : Marshall Rosenberg sur la création d'un monde non-violent

Extraits d'un interview de Marshall Rosenberg réalisé par D Killian et publié dans le mensuel The Sun n° 336 février 2003 Caroline du Nord USA. www.thesunmagazine.org/february2003.html

J'ai rencontré Marshall Rosenberg pour la première fois alors que j'avais été chargé d'un reportage pour un journal local pour couvrir l'un de ses séminaires de pratique de "Communication Non-Violente". Troublé par les inégalités de ce monde et impatient de changement, je ne pouvais imaginer l'effet d'une technique de communication pour résoudre les problèmes tels que le réchauffement de la planète ou la dette des pays en voie de développement. Mais j'ai été surpris par l'effet visible du travail de Rosenberg sur des individus et des familles pris dans des conflits.

La Communication Non-Violente ou CNV a 4 étapes : observer ce qui se passe dans une situation donnée, identifier ce que l'on ressent, identifier ce dont on a besoin, et alors faire une demande pour ce que l'on aimerais voir se produire. Cela semble simple. En fait c'est plus qu'une technique de résolution de conflits. C'est une façon différente de comprendre la motivation et le comportement humain

Killian :

"votre méthode à pour but d'enseigner la compassion , mais celle-ci semble plus une façon d'être qu'une aptitude ou une technique. Peut-on vraiment l'enseigner ?"

Rosenberg :

"je dirais que c'est un trait naturel de l'homme. Notre survie en tant qu'espèce dépend de notre abilité à reconnaître que notre bien-être et le bien-être des autres sont en fait une seule et même chose. Le problème c'est qu'on nous enseigne des comportements qui nous déconnecte de cette conscience naturelle. Ce n'est pas tant que nous devions apprendre comment être avec compassion, mais plutôt il nous faut désapprendre ce que l'on nous a enseigné et revenir à la compassion".

Killian :

"si la violence est apprise, quand cela a -t-il commençé ? Cela semble avoir toujours avoir fait partie de l'existence humaine".

Rosenberg :

"le théologien Walter Wink estime que la violence est la norme sociale depuis 8000 ans. C'est quand un mythe a évolué comme quoi le monde a été crée par un dieu male héroique et vertueux qui a battu la mauvaise déesse femelle - c'est à partir de là que nous avons eu l'image des bons tuant les méchants. Et cela a évolué vers une "justice de rétribution" qui dit qu'il y a ceux qui mérite d'être punis et ceux qui méritent d'être récompensés. Cette croyance a pénétré profondemment à l'intérieur de nos sociétés. La plupart des cultures, pas toutes, ont été exposées à cette influence.

Killian :

"vous avez dit que "mérite" est le mot le plus dangereux du langage. Pourquoi ?

Rosenberg :

"c'est à la base de la justice de rétribution. Pendant des milliers d'années nous avons fonctionné sous ce système qui dit que les gens qui commettent des méfaits sont mauvais - en fait que des êtres humains sont fondamentalement mauvais. Selon ce mode de pensée, un petit nombre de bonnes personnes ont évolué, et c'est à elles d'être les autorités et de contrôler les autres. Et la manière dont vous contrôlez les gens puisque notre nature est mauvaise et égoiste, c'est à travers un système de justice dans lequel les gens qui se conduisent selon les bonnes manières sont récompensés tandis que ceux qui sont mauvais on les fait souffrir. Pour que ce système soit perçu comme étant juste, on doit croire que les deux côtés méritent ce qu'ils reçoivent.

J'ai vécu au Texas et quand ils éxécutaient quelqu'un là-bas, les bons étudiants baptistes du collège local se rassemblaient en dehors de la prison et festoyaient. Quand on annonçait par haut parleur que le coupable avait été tué, il y avait de bruyants applaudissements et ainsi de suite. Quand vous avez un concept basé sur le bien et le mal, selon lequel les gens méritent de souffrir pour ce qu'ils ont fait, on prend plaisir à la violence".

Killian :

"mais vous n'êtes pas opposé aux jugements ?"

Rosenberg :

" je suis tout à fait pour les jugements. Je ne pense pas que nous pourrions survivre très longtemps sans eux. Nous jugeons quelles nourritures nous apportera ce dont nos corps ont besoin. Nous jugeons quelles actions vont satisfaire nos besoins. Mais je fait la différence entre des jugements qui servent la vie, qui concernent nos besoins, et des jugements moraux qui impliquent ce qui est bien ou mal."


Killian :

" vous avez appelé à la place pour une "justice réparatrice". En quoi est ce différent? ".

Roseaberg :

"la justice réparatrice est basée sur la question : comment rétablit-on la paix ? En d'autres termes, comme rétablit t-on un état dans lequel les gens se soucient du bien-être des uns et des autres ? La recherche montre que les auteurs (de méfaits ndt) qui passent par l'expérience de la justice réparatrice ont moins de chance de répéter les comportements qui ont été à l'origine de leur incarcération. Et c'est beaucoup plus apaisant pour la victime que la paix soit rétablie que de voir simplement l'autre personne punie.

L'idée se répand. J'étais en Angleterre il y a un an pour présenter un discours inaugural à une conférence internationale sur la justice réparatrice. J'espérais qu'une trentaine de personnes viendraient. Je fus enchanté de voir plus de six cent personnes à cette conférence ".

Killian :

"comment fonctionne la justice réparatrice ?"

Rosenberg :

"je l'ai vue fonctionner, par exemple avec des femmes qui avaient été violées et les hommes qui les avaient violées. Le premier pas consiste pour la femme à exprimer ce qu'elle veut que son attaquant comprenne. Maintenant, alors que cette femme a souffert presque chaque jour pendant des années depuis cette attaque, ce qu'elle exprime est plutôt brutal : "espèce de monstre ! j'aurai aimé te tuer "et ainsi de suite.

Ce que je fais alors c'est d'aider le prisonnier (violeur ndt) à se connecter à la souffrance vivante à l'intérieur de cette femme, souffrance qui est le résultat des actions de celui-ci. Habituellement, ce qu'il veut faire c'est s'excuser. Mais je lui dit que s'excuser c'est trop facile, trop peu. Je veux qu'il répète ce qu'il lui a entendu dire. Comment sa vie à elle a été si bouleversée.

Quand il ne peut pas répéter, je joue son rôle à lui. A elle, je lui dit que j'entends sa souffrance derrière tous ses cris, ses cris. Je lui montre à lui qu'en surface il y a la rage mais qu'en dessous il y a le desespoir d'une vie qui ne sera jamais plus la même. Et puis j'obtiens de l'homme qu'il répète ce que j'ai dit. Cela peut prendre 3, 4, 5 essais, mais finalement il entend l'autre personne. Déjà à ce moment là vous pouvez voir l'apaisement qui commence à se mettre en place, quand la victime obtient de l'empathie.

Puis je demande à l'homme de me dire ce qui se passe à l'intérieur de lui. Comment se sent-il ? Habituellement de nouveau il veut s'excuser. Il veut dire : "je suis un rat, je suis une saleté ". Et de nouveau j'obtiens qu'il creuse plus en profondeur. Et ceci est très effrayant pour ces hommes. Ils n'ont pas l'habitude de s'occuper de sentiments, encore moins de faire l'expérience de l'horreur de ressentir ce que c'est que d'avoir causé à un autre être humain une telle souffrance.

Quand nous avons dépassé ces deux premières étapes, bien souvent la victime crie : "comment avez-vous pu ? Elle est avide de savoir ce qui a pu pousser une autre personne à faire une telle chose. Malheureusement, la plupart des victimes avec lesquelles j'ai travaillé ont été encouragées à pardonner à leurs attaquants par des gens bien intentionnés. Ces personnes expliquent que le violeur a dû souffrir et a dû probablement avoir une enfance malheureuse. Et la victime essaie de pardonner mais cela n'aide pas beaucoup. Le pardon obtenu sans avoir d'abord passer par ces autres étapes, est superficiel. Cela supprime la souffrance.

Une fois que la femme a reçu de l'empathie, alors elle veut savoir ce qui s'est passé chez cet homme au moment ou il a commis cet acte. J'aide l'auteur de celui-ci à remonter jusqu'au moment de l'acte, et à identifier ce qu'il ressentait à ce moment là, quels étaient les besoins qui contribuaient à ces actes.

La dernière étape c'est de demander s'il y a quelque chose d'autre que la victime aimerait que l'auteur de l'acte fasse pour ramener la paix. Par exemple, elle pourra vouloir faire payer les notes de médicaments, ou elle pourra vouloir quelque restitution émotionnelle. Mais dés qu'il ya de l`empathie des deux côtés, c'est surprenant comment rapidement ils commencent à s'occuper du bien être de l'un et l'autre".

Killian :

"quels sont les "besoins" qui puissent être la cause qu'une personne viole une autre personne ?"

Rosenberg :

"cela n'a rien à voir avec le sexe, bien sûr. Cela a à voir avec la tendresse que les gens ne savent pas comment obtenir, et souvent confondent avec le sexe. Dans la plupart des cas, les violeurs euxmêmes ont été victimes d'une certaine forme d'agression sexuelle, ou d'abus physique, et ils veulent que quelqu'un d'autre comprenne comme c'est horrible de se sentir dans ce rôle passif, faible. Ils ont besoin d'empathie, et ils ont employés des moyens dénaturés pour l'obtenir : en infligeant une souffrance similaire à quelqu'un d'autre. Mais le besoin est universel. Tous les êtres humains ont les mêmes besoins. Heureusement la plupart d'entre nous les satisfaisons de manières non destructrices pour les autres personnes et pour nous mêmes".

Killian :

"nous avons longtemps cru en occident que les besoins doivent être régulés et déniés, mais vous suggérez l'opposé, qu'ils doivent être reconnus et satisfaits ?"

Rosenberg :

"je dirais que nous enseignons aux gens à dénaturer leurs besoins. Plutôt que d'éduquer les gens à prendre conscience de leurs besoins, nous leur enseignons à devenir dépendants de stratégies inefficaces pour les satisfaire. La consommation fait croire aux gens qu'ils vont les satisfaire en s'appropriant certaines choses. Nous enseignons que la vengeance est un besoin, alors qu'en fait c'est une stratégie défectueuse. La justice de rétribution est une stratégie médiocre. Mélangé à tout cela, il y a la croyance en la compétition, que nous pouvons satisfaire nos besoins qu'aux détriment des autres personnes. Non seulement cela, mais qu'en plus c'est héroique et plaisant de gagner, de vaincre quelqu'un d'autre.

C'est pourquoi c'est très important de faire la différence entre les besoins et les stratégies, et de faire voir aux gens qu'une statégie qui satisfait vos besoins aux dépends de quelqu'un d'autre ne satisfait pas tous vos besoins. Parce que chaque fois que vous vous comportez d'une façon qui blesse d'autres personnes vous finissez par vous faire mal à vous même. Comme a dit le philosophe Elbert Hubbard : " nous ne sommes pas punis pour nos péchés mais par eux".

TOUS LES ETRES HUMAINS ONT LES MEMES BESOINS. QUAND NOTRE CONSCIENCE SE CONCENTRE SUR CE QUI EST VIVANT EN NOUS, NOUS NE VOYONS JAMAIS UN ETRANGER DEVANT NOUS. D'AUTRES PERSONNES PEUVENT AVOIR DIFFÉRENTES STRATEGIES POUR SATISFAIRE LEURS BESOINS ? MAIS ILS NE SONT PAS DES ETRANGERS.

Que je travaille avec des drogués à Bogota, Colombia, ou des alcooliques aux Etats Unis, ou avec des maniaques sexuels dans des prisons, je commence toujours par leur dire pour que cela soit bien clair pour eux que je ne suis pas là pour les faire arrêter ce qu'ils font. " D'autres ont essayé" je dis , "vous avez probablement essayé vous-mêmes, et cela n'a pas marché". Je leur dit que je suis là pour les aider à éclaircir les besoins qu'ils satisfont par ce comportement. Et une fois que nous avons éclairci leurs besoins, je leur enseigne des facons plus efficaces et moins dévastatrices de les satisfaire".

Traduction à des fins non commerciales MD pour Planete Non Violence. Copyright The Sun.

Qui est Marshall Rosenberg - La CNV c'est quoi ?

Marshall Rosenberg raconte dans son livre " les mots sont des fenêtres" : "Au cours de l'été 1943, lorsque ma famille s'est établie à Détroit, dans le Michigan, les tensions raciales étaient très vives et nous n'étions pas arrivés depuis deux semaines qu'un incident dans un jardin public mit le feu aux poudres. En quelques jours, les émeutes firent plus d'une quarantaine de victimes. A la rentrée des classes, le calme était rétabli, ce fut à l'école que je découvris qu'un patronyme pouvait être aussi préjudiciable qu'une couleur de peau. L'instituteur fit l'appel et, lorsqu'il prononça mon nom, deux garçons me jetèrent des regards noirs et sifflèrent : "sale youpin !" Je n'avais jamais entendu le mot et j'ignorais et qu'il était employé comme un terme de mépris envers les Juifs. Les deux compères m'attendirent à la sortie et, après m'avoir jeté à terre, ils me rouèrent de coups. Depuis ce jour je n'ai cessé de m'interroger".

En 1961, élève de Carl Rogers, il devient docteur en psychologie clinique. Durant les années 60 il développe sa démarche avec des militants des droits civils, luttant pour la non-ségrégation dans les écoles.

En 1966, il fonde le Centre pour la Communication NonViolente CNVC aux États Unis.

En 1984, il devient directeur pédagogique du CNVC, aux Etats Unis.

Depuis 35 ans, Marshall Rosenberg a formé des milliers de personnes à l'utilisation de la CNV, dans environ trente pays. Lui et ses collègues ont travaillé dans des prisons (avec les gardiens comme avec les détenus), des écoles, des services sociaux, des centres médicaux, des communautés religieuses et spirituelles et avec des dirigeants gouvernementaux.

1998 : traduction de son livre en français "Les mots sont des fenêtres"

En quoi consiste la Communication Non-Violente enseignée par Marshall Rosenberg ?

'J'ai été frappé par le rôle déterminant du langage et de l'usage que l'on fait des mots. J'ai donc mis au point un mode de communication, d'expression et d'écoute, qui nous permet d'être généreux et de trouver un contact vrai avec nous-mêmes comme avec autrui, laissant libre cours à notre bienveillance naturelle. C'est ce que j'appelle la "Communication Non Violente " . . . Car bien que nous puissions avoir l'impression que notre façon de parler n'a rien de violent, il arrive souvent que nos paroles soient source de souffrance pour autrui et pour nous-mêmes."

Le processus se déroule en quatre points. Il est centré sur l'observation des faits, l'identification des sentiments et des besoins de chacun, la formulation de demandes claires, précises et concrètes.

Ce processus s'applique à tous les champs de la vie quotidienne :

  • relations de couple

  • relations familiales

  • milieu scolaire

  • milieu professionnel

  • négociations diplomatiques et relations d'affaires

  • résolution de conflits.

L'objectif de la CNV est d'établir une relation qui favorise la satisfaction des besoins de chacun.

Site de la CNV


Non-violence histoire: Homo Sapiens, Homo Pacificus ?

Mardi 27 Décembre 2005



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