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Communautarisme danger ?

«Nous» restrictif, repli sur la tribu, désintérêt pour le bien et les valeurs communes, tensions interethniques. Le communautarisme menace-t-il l'espace républicain démocratique laique ?



 Communautarisme danger ?

On peut parler de communautarisme, lorsque certains groupements sociaux, généralement à base religieuse ou ethnique mais pas que, s'exemptent des règles communes, parfois ouvertement ou parfois sous couvert du «respect des différences» et que cela est admis ou toléré.

Dans l’espace français républicain laïque un certain nombre de coutumes, de comportements opposés par exemple à l'égalité républicaine, notamment à l'égalité homme femme, l’unité et l’indivisibilité de la nation sont proscrits. Il n’en reste pas moins qu’ils prospèrent dans les arrières cours en même temps que les replis communautaristes. C’est dans l’air du temps dirons certains, l’attachement à la tribu savamment orchestré par la publicité à des fins économiques par exemple, aurait remplacé celui à la nation devenu pour certains dépassé, ringard.

il semblerait que la société française tende à se "communautariser", mais qu’est-ce à dire ? La France a toujours eu ses communautés géographiques et historiques, avec ses cultures et traditions régionales, chacune s’attachant à mettre en valeur ses modes de vie différents (traditions culinaires, architecturales, culturelles…), et ses traditions particulières, apport des différentes populations d’émigrés.

Il y a aussi certaines communautés qu’on peut classer selon les sociologues dans la mouvance "néo-tribaliste", par exemple les groupes de fans qu’engendrent le système d’idolâtrie des stars de cinéma, de la chanson ect ou encore les rassemblements de "ravers" etc. Elles fluctuent selon les modes, ne sont nullement agressives ce qui ne veut pas dire qu’elles ne sont pas excluantes même si elles revendiquent de ne pas l’être, l’appartenance générationnelle fait d’emblée le tri.

Mais ce qui inquiète, c’est la montée de ces communautés qu’on peut qualifier de restrictives et aliénantes. Certaines sont de type autoritaire, fondées sur l'identification et la soumission (volontaire ou non) ou le suivisme à des chefs, figures emblématiques et parfois médiatiques. Celles ci se construisent, s’affermissent et font leur unité contre les autres, en s’en démarquant parce qu’elles les appréhendent comme « différents » c'est-à-dire perçus comme des étrangers, des ennemis, se posant parfois comme victimes des autres tout en revendiquant un particularisme supérieur. C’est le «nous» restrictif qui s’affirme contre et au détriment du nous laique englobant tout le monde, revendiquant parfois d’ailleurs dans un discours distordu d’être «discriminés», rejetés, opprimés. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas au sein de la société laique discrimination ou rejet, et bien sûr cela ne devrait pas être, mais cette problématique peut être manipulée pour faire passer des intêrets particuliers avant les intérêts de tous.

Dans cette catégorie, fleurissent toute une gamme de communautés, allant de la petite bande qui veut faire la loi sur son territoire, en passant par les «castes» qui s’enferment dans des espaces protégés résidentiels clos, les sectes, structures fermées intolérantes constituées autour de leur gourou, et plus largement celles qui se revendiquent d’une appartenance religieuse dont elles détournent et manipulent bien souvent le message à des fins dogmatiques fondamentalistes. A ces intégrismes religieux il faut ajouter celui politique du Front National et son rejet de « l’autre » qui s’affiche clairement dans sa «préférence nationale».

L'espace républicain démocratique laique s'est construit au fil des siècles et des générations ont participé à cette construction. Ses fondements ont été façonnés sur un socle de valeurs communes qui ne procédent pas d'un dogme mais peuvent être revisitées et discutées, affinées par les citoyens pour le bien de tous. C'est donc à travers l'engagement politique, participation non-violente à la vie de la Cité, que cet espace peut être consolidé. Cet engagement ne peut être que s'il est précédé d'une éducation à la citoyenneté, à la fois transmission de l'ancien et ouverture d'esprit pour accueillir le nouveau. Mais celle-ci n'a prise que si elle peut se concrétiser par des actes posés dans un environnement d'exemplarité. Cet environnement fait actuellement défaut, et les communautarismes fleurissent sur le terreau de cette défaillance. La non-violence active constitue un rempart contre l'effritement de cet espace républicain démocratique laique.


Lundi 21 Mars 2005



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