Il y a plus de deux ans, Seymour Hersh a révélé dans le New Yorker que le président George W. Bush envisageait des frappes nucléaires stratégiques contre l’Iran. Depuis, une campagne inlassable de diabolisation de ce pays a été menée, du type Terminator, utilisant les mêmes techniques et les mêmes contorsions sémantiques si familières pendant la période qui a précédé l’invasion par l’Administration Bush de l’Irak.
Le plus célèbre des tubes de la campagne est largement connu : « Les Ayatollahs » construisent une bombe nucléaire shi’ite, des armes iraniennes tuent des soldats américains en Irak , des vedettes armées iraniennes provoquent les navires de guerre US dans le Golfe Persique. En bref, l’Iran, c’est la nouvelle Al Qaeda, un état terroriste qui vise le cœur des Etats-Unis. Inutile d’espérer que les médias traditionnels américains (et français et européens ndlt) puissent offrir des points de vue mettant en perspective cette Blitzkrieg orchestrée.
Voici quelques exemples de cette campagne en cours : le secrétaire à la défense Robert Gates insiste sur le fait que l’Iran :
« est diaboliquement enclin à acquérir des armes nucléaires ». L’amiral Michael Mullen, qui préside le Comité des chefs d’état major admet que le Pentagone se prépare pour
« d’éventuels recours à des actions militaires » lorsqu’il s’agit de l’Iran. En tandem avec le commandant US en Irak, le général David Petraeus, Mullen dénonce
« l’influence croissante létale et nuisible » de l’Iran en Irak, bien qu’il affirme ne pas
« avoir de prévision » en ce qui concerne une attaque contre l’Iran, dans
« le futur proche », et admet même qu’il n’a pas de
« preuve formelle que la haute direction (de l’Iran ) soit impliquée. »
Mais gardez à l’esprit une chose que la chute du Grand Saddam en 2003 a prouvé c’est que « la preuve formelle » est finalement sans importance. Et cette semaine, les US ont envoyé une second porte avion et des navires de combat dans le Golfe Persique.
Mais qu’en est-il de l’Iran elle-même dans la tourmente des accusations et menaces ? Qu’en penser ? Comment le monde est-il perçu de Téhéran ? Voilà cinq façons de réfléchir sur l’Iran le pistolet sur la tempe, et de mieux décoder la partie d’échecs iranienne.
1. Ne sous estimer pas le pouvoir de l’Islam Shi’ite.
75 % des réserves de pétrole sont dans le Golfe Persique. 70 % de la population du Golfe est shi’ite. Le courant Chi’ite est une religion eschatologique – et révolutionnaire – animée par une mélange passionnel de romantisme et de désespoir cosmique. De même qu’il inspire une certaine crainte dans l’Islam dominé par les Sunnites, une partie des Occidentaux devraient avoir une certaine empathie pour le courant Chi’ite intellectuel qui, comme la Nausée de Sartre, exprime la vacuité du monde.
Pendant plus de 1000 ans, l’Islam Shi’ite a, en fait, était composé d’une galaxie de courants Shi’ites – une sorte de Quatrième Monde en lui-même, toujours affligé par l’exclusion politique et une marginalisation économique implacable, toujours portant en lui un point de vue immensément dramatique de l’Histoire.
C’est impossible de comprendre l’Iran sans saisir la contradiction que doivent affronter les dirigeants religieux iraniens dans l’exercice du pouvoir, quelque soit le côté temporel de l’état nation. Dans l’esprit des dirigeants religieux iraniens, le concept même d’état nation est considéré avec une profonde méfiance, parce qu’il distrait de la
umma, la communauté globale musulmane. L’état nation, comme ils le voient, n’est qu’une étape sur le chemin vers le triomphe du courant Shi’ite et de l’Islam pur.
Mais, cependant, pour dépasser l’actuelle étape de l’histoire, ils reconnaissent aussi la nécessité de renforcer l’état nation qui offre au courant Shi’ite un sanctuaire – et il se trouve, bien sûr- que c’est celui de l’Iran. Quand le courant Shi’ite triomphera finalement, le concept d’état nation – de toute façon un héritage de l’Occident – disparaîtra, remplacé par une Communauté organisée selon la volonté du Prophète Mohammed.
Dans un contexte pertinent, c’est, croyez moi, un message puissant. Je suis brièvement devenu un
mashti – un pèlerin visitant un portail privilégié Shi’ite du Paradis, le Saint Dôme de l’Imam Raza à Mashhhad, à quatre heures à l’Ouest de la frontière Iran – Afghanistan. Lors du coucher de soleil, seul étranger perdu au milieu d’une multitude de
chadors noirs pieux et de turbans blancs occupant chaque centimètre carré de l’immense Dôme muré, j’ai ressenti une fantastique secousse émotionnelle. Et je n’étais pas un croyant, juste un simple infidèle.
2. Le Destin est dans la Géographie
A chaque fois que je me rends à la ville sainte de Qom, en bordure des déserts du centre de l’Iran, cela me rappelle toujours, sans aucun doute, que le souci majeur des principaux Ayatollahs, c’est de réaliser leur mission suprême de convertir le reste de l’Islam à la pureté originelle et au pouvoir révolutionnaire du courant Shi’ite – une religion toujours critique de l’ordre politique et social établi.
Cependant, même à Téhéran, un dirigeant Shi’ite ne peut simplement pas vivre en se contentant de prêcher et de convertir. L’Iran, après tout, se trouve être un état nation situé à l’intersection cruciale entre les mondes arabe, turc, russe et indou. C’est le point de transit clé du Moyen Orient, du Golfe Persique, de l’Asie Centrale, du Caucase, et du sous-continent indou. Le pays s’étend entre trois mers (la Caspienne, le Golfe Persique et la Mer d’Oman). Proche de l’Europe, et pourtant aux portes de l’Asie (faisant en fait partie du Sud Ouest de l’Asie).L’Iran constitue au bout du compte des intersections vers l’Eurasie. Isfahan, la troisième plus grande ville est grosso modo située à égale distance de Paris et de Shangaï. Pas étonnant que le vice président US Dick Cheney, scrutant l’Iran
«salive comme un chien de Pavlov » pour citer ces géopoliticiens du Rock’n Roll, les Rolling Stones.
Des membres des classes supérieures iraniennes dans le nord de Téhéran peuvent rêver que l’Iran retrouvera son influence étendue, celle de l’ancien Empire Perse, mais les diplomates doux comme de la soie de tapis de Qom, au ministère des affaires étrangères vous assurerons que leur véritable rêve c’est que l’Iran soit respecté comme pouvoir régional majeur.
Finalement, ils n’ont pas le choix, confronté à l’animosité de la « seule superpuissance » mondiale, d’utiliser une politique étrangère sophistiquée de contre encerclement. Après tout, l’Iran est maintenant, depuis le 11 septembre, complètement entourée de bases militaires US en Afghanistan, en Asie Centrale, en Irak, et dans les Etats du golfe. Elle fait face à l’armée US sur ses frontières avec l’Afghanistan, l’Irak, le Pakistan, et dans le Golfe Persique, et vit avec des sanctions économiques US des plus serrées, de même que des menaces et roulements de tambours de l’Administration Bush, impliquant de possibles attaques aériennes sur les installations nucléaires iraniennes et probablement d’autres installations.
La contre réponse iranienne aux sanctions et à sa diabolisation comme état voyou ou paria cela a été de développer une politique étrangère basée sur un « Regard vers l’Est » qui est en soit un défi à l’hégémonie US en matière d’énergie dans le Golfe. Cette politique a été menée avec un grand talent par le ministre des affaires étrangères, Manouchehr Mottaki, qui a été éduqué à Bangalore en Inde. Tout en se concentrant sur d’énormes accords énergétiques avec la Chine, l’Inde, et le Pakistan, l’Iran s’est également tournée vers l’Afrique et l’Amérique Latine. Au grand scandale des néo cons américains, un « axe du mal « intercontinental avec une ligne aérienne existe déjà – une liaison commerciale aérienne hebdomadaire Téhéran Caracas, d’Iran Air.
L’étendue de la portée diplomatique (et énergétique) de l’Iran est frappante. Cette année, quand j’étais en Bolivie, j’ai eu connaissance d’un voyage de l’ambassadeur iranien au Vénézuela, transporté dans le jet du président bolivien Evo Morales. On a rapporté que l’ambassadeur à offert à Morales
« tout ce qu’il voulait » pour contrer l’influence de
« l’Impérialisme Américain ».
Pendant ce temps, l’Iran essaie de se positionner comme un état bazar incontournable sur la nouvelle Route de la Soie qu’est la route du Pétrole et du Gaz – l’épine dorsale d’un nouveau réseau énergétique en Asie. C’est comme cela qu’elle pourrait retrouver une certaine prééminence celle dont elle a bénéficié sous le règne de Danus, le Roi des Rois. Et c’est la raison principale pour laquelle les guerriers néo cons, sio cons, les impérialistes de fauteuil, ou l’ensemble de ces gens, lance dans sa direction une telle attaque collective – et menaçante.
3. De quoi Ahmadinejad est-il capable ?
Depuis l’époque où l’ex président iranien Mohammed Khatami a suggéré « un dialogue des civilisations «, les diplomates iraniens ont répété inlassablement la position officielle sur le programme nucléaire iranien : c’est un programme pacifique ; l’AIEA n’a pas trouvé de preuve d’un développement militaire du nucléaire ; la direction religieuse s’oppose aux armes nucléaires ; et l’Iran – à la différence des US- n’a pas envahi ou attaqué de nation ce dernier quart de siècle.
Pensez au président George W. Bush et au président Mahmud Ahmadinejad comme les nouveaux Blues Brothers : tous les deux croient qu’ils ont une mission divine. Tous les deux sont des religieux fondamentalistes. Ahmadinejad croit avec ferveur au retour imminent du Mahdi, le Messie Shi’ite, qui a « disparu » et est resté caché depuis le neuvième siècle. Bush croit avec ferveur dans la fin du monde prochaine et le retour de Jésus Christ. Mais seulement Bush, malgré ses invasions actulles et ses menaces constantes, obtient en quelque sorte un feu vert de la machine idéologique occidentale, tandis qu’on dresse le portrait d’ Ahmadinejad comme étant un adepte hitlérien d’un nouvel Holocauste.
Ahmadinejad est décrit sans relâche comme un homme coléreux, totalement irrationnel, haïssant les Juifs, niant l’Holocauste et islamo fasciste, qui veut « balayer Israël de la carte ». Cette citation infâme, répétée ad nauséum, provient d’un discours d’octobre 2005, lors d’une conférence anti sioniste sans envergure réelle. Ce qu’a réellement dit Ahmadinejad, en traduction littérale du Farsi, c’état que
« le régime occupant Jérusalem doit disparaître des pages du temps ». Il citait en fait le dirigeant de la Révolution Islamique de 1979, l’Ayatollah Ruhollah Khomeini, qui l’a prononcée pour la première fois au début des années 80. Khomeini espérait qu’un régime si injuste à l’égard des Palestiniens serait remplacé par un autre plus équitable. Cependant, il ne menaçait pas de bombarder Israël avec l’arme atomique.
Dans les années 80, lors des années les plus amères de la guerre Iran-Irak, Khomeini a dit clairement que la production, la possession, ou l’utilisation d’armes nucléaires va à l’encontre de l‘Islam. Le Dirigeant Suprême de l’Iran, l’Ayatollah Ali Khomeini, a plus tard émis une fatwa – une injonction religieuse – dans les mêmes termes. Cependant, pour le régime théocratique, le programme nucléaire iranien est un symbole puissant d’indépendance vis à vis de ce qui continue d’être considéré par les Iraniens de toutes les classes sociales et quelque soit leurs antécédents éducatifs, comme un colonialisme Anglo - Saxon.
Ahmadinejad est fou du programme nucléaire iranien. C’est son appât en terme de popularité domestique. Pendant la guerre Iran-Irak, il a été un membre de l’équipe de soutien aux forces kurdes anti Saddam Hussein. C’est à ce moment là qu’il est devenu ami de l’ »O ncle » Jalal Talabani, l’actuel président de l’Irak. Peu de présidents ont été formés à la guérilla. Il existe une spéculation rampante à Téhéran qu’Ahmadinejad, la Direction des forces Quds, une division d’élites du Corps des Gardes de la Révolution (IRGC) plus le noyau dur de la milice des Basij (couramment connue en Iran comme « l’armée des 20 millions ») misent sur une attaque US contre les installations nucléaires iraniennes pour renforcer le régime théocratique du pays et en même temps leurs factions.
Les réformistes font référence à la visite de l’ex Président russe Vladimir Poutine à Téhéran en octobre dernier, quand il a été reçu par le Dirigeant Suprême (un honneur très rare). Poutine a présenté un nouveau plan pour résoudre le dossier nucléaire iranien explosif : l’Iran cesserait l’enrichissement de l’uranium sur le sol iranien en retour d’une coopération nucléaire pacifique et de développement en association avec la Russie, les Européens, et l’AIEA.
Le négociateur en chef sur le nucléaire de l’Iran de l’époque, Ali Larijani, un confident du Dirigeant Suprême Khameini, de même que le dirigeant lui-même, on fait savoir que l’idée serait étudiée sérieusement. Mais, Ahmadinejad a immédiatement contredit le Dirigeant Suprême en public. Encore plus surprenant, mais évidemment avec l’accord du Dirigeant, il a alors démis Larijani de ses fonctions et l’a remplacé par un ami de longue date, Saeed Jalili, un idéologue adepte de la ligne dure.
4. Une révolution pourpre n’est pas au coin de la rue
Avant les élections iraniennes de 2005, lors d’une rencontre secrète de haut niveau, chez lui, des actuels dirigeants Ayatollahs, le Dirigeant Suprême a conclu qu’Ahmadinejad avait la capacité de faire bénéficier le régime d’un renouveau, grâce à sa rhétorique populiste et son conservatisme pieux, qui semblaient alors attractif pour les masses opprimées. (Curieusement, le slogan de la campagne d’Ahmadinejad était « Nous Pouvons »).
Mais les Ayatollahs ont fait un mauvais calcul. Tandis qu’ils contrôlent tous les postes clé du pouvoir – le Conseil Suprême de Sécurité Nationale, le Judiciaire, les
bonyiads ( des Fondations islamiques qui contrôlent de vastes secteurs de l’économie), l’armée, les IRGC (l’armée parallèle crée par Khomeini en 1979 et récemment classée comme organisation terroriste par l’Administration bush), les médias – ils ont supposé qu’il contrôlerait aussi le « balayeur de rue du peuple » tel qu’Ahmadinejad se désigne lui-même. Ils avaient tout faux.
Pour Khameini lui- même cela représentait une grosse affaire. Après 18 ans non stop de luttes internes, il avait finalement le contrôle total du pouvoir exécutif, de même que le législatif, le judiciaire, les IRGC, le Basij, et les Ayatollahs clés dans Qom.
De son côté, Ahmadinejad a développé son propre agenda. Il a purgé le ministère des affaires étrangères d’un grand nombre de diplomates d’esprit réformiste, et a encouragé le ministère de l’intérieur et le ministère de la culture et de guide islamique a réprimer toute forme d’influence occidentale « néfaste », des produits de l’industrie du divertissement colorés fabriqués en Inde telles que des écharpes de femmes ; et il a rempli son cabinet d’amis révolutionnaires de l’époque de la guerre Iran-Irak. Ces amis se sont montrés aussi loyaux qu’incompétents administrativement – spécialement en termes de politique économique. Au lieu de consolider la direction théocratique sou le dirigeant suprême Khameini, Ahmadinejad a divisé encore plus une élite dirigeante toujours plus impopulaire.
Néanmoins, le mécontentement vis-à-vis de l’incompétence économique d’Ahmadinejad, ne s’est pas traduit par des barricades dans les rues, et cela ne se fera probablement pas ; de même, contrairement aux scénarios fantasmes de terrain des néo cons, une attaque sur les installations nucléaires iraniennes ne provoquerait pas un soulèvement populaire. Chaque faction politique soutient le programme nucléaire pour des raisons de fierté patriotique.
Il y a certainement là un paradoxe frappant. Le régime est peut être largement impopulaire- à cause d’un austérité appliquée avec force dans une terre riche de ressources énergétiques et l’absence totale de mobilité sociale – mais pour des millions, spécialement dans les zones rurales et les provinces isolées, la vie reste supportable. Dans les grands centres urbains – Téhéran, Isfahan, Shiraz, et Tabriz – la majorité serait favorable à une ouverture à l’économie de marché, combiné à une libéralisation progressive (alors que le régime insiste pour aller dans le sens contraire). Cependant, il n’y a pas de révolution pourpre à l’horizon.
Au moins quatre factions politiques sont impliquées sur la scène politique iranienne, comme dans un jeu perse en miniature – et deux autres, la gauche révolutionnaire, et la droit séculière, bien que passablement marginalisées, ne devraient cependant pas être oubliées.
L’extrême droite, très conservatrice religieusement, mais économiquement socialiste, s’est, depuis le début, alignée sur le parti égyptien des Frères Musulmans. Ahmadinejad est la star de cette faction.
Les religieux, du Dirigeant Suprême aux milliers de personnalités religieuses provinciales, sont des conservateurs purs, encore plus patriotiques que l’extrême droite, tout en n’étant généralement pas des supporters d’Ahmadinejad. Mais il y a une division interne cruciale. Les
bonyads les riches – les Fondations islamiques, actives dans tous les secteurs économiques – veulent absolument une réconciliation avec l’Occident. Ils savent que, sous la pression des sanctions occidentales, la fuite éperdue à la fois du capital et des cerveaux travaille contre l’intérêt national.
Des économistes de Téhéran considèrent qu’il y a au moins 600 billions de dollars de fonds iraniens investis dans des économies des pétro monarchies du Golfe Persique. Les meilleurs et les plus brillants continuent de fuir le pays. Mais les Fondations islamiques savent également que cela sape lentement le pouvoir d’Ahmadinejad.
Le très influent IRGC, un participant clé au gouvernement, avec d’immenses intérêts économiques, se trouve entre ces deux factions. Ils privilégient le combat contre ce qu’ils définissent comme le Sionisme, sont en faveur de relations proches avec les Etats Arabes Sunnites, et veulent mener à bien le programme nucléaire. En fait, une grande partie des IRGC et des Basij croient que l’Iran doit rentrer dans le club nucléaire n on seulement pour éviter une attaque par le « Satan Américain » mais pour changer irréversiblement l’équilibre des pouvoirs au Moyen Orient et dans le Sud Ouest de l’Asie.
Les réformistes/progressifs actuels de la gauche étaient à l’origine d’anciens partisans du fils de Khomeini, Ahmad Khomeini. Par la suite, après une spectaculaire mutation du Socialisme style soviétique à une sorte de Démocratie religieuse, leur nouvelle idole a été l’ancien président Mohammed Khatami (célébre pour son « dialogue des civilisations »). On avait là un Président islamique qui pouvait attirer le vote des jeunes et des femmes, et avait écrit sur les idées du philosophe allemand Jurgen Haberman, appliquées à la société civile de même que sur la possibilité de démocratiser l’Iran. Malheureusement, son « Printemps de Téhéran » n’a pas duré longtemps – et cela fait longtemps qu’il n’est plus.
La faction clé des institutions c’est sans nul doute celle du modéré Hashemi Rafsanjani, un ancien Président ayant servi deux mandats, actuellement Président du Conseil des Opportunités et un membre clé du Conseil des Experts – 86 religieux, pas une seule femme, le Saint Graal du Système, et la seule Institution de la République Islamique capable de démettre de son poste le Dirigeant Suprême. Il a actuellement le soutien des intellectuels et des jeunes. Connu familièrement sous le nom du «Requin», Rafsanjani est un parfait Machiavel. Il a conservé des liens privilégiés avec des personnalités clés à Washington, et s’est montré être le dernier survivant – naviguant avec dextérité entre Khatami et Khameini, alors que le pouvoir dans le pays passait d’une main à l’autre.
Rafsanjani est, et restera toujours, un supporter du Dirigeant Suprême. En tant que de facto Second du régime, il ne cherche pas seulement à « sauver » la Révolution Islamique de 1979, mais aussi à consolider le pouvoir régional de l’Iran et à réconcilier le pays avec l’Occident. Son raisonnement est clair. Il sait qu’une tempête anti-islamique est déjà entrain de mijoter parmi les jeunes des principales villes d’Iran, qui rêvent d’intégration au sein des élites normales de la modernité mondiale.
Si l’Administration Bush avait le vrai désir que ses portes avions quittent le Golfe et d’établir une Entende Cordiale avec Téhéran, Rafsanjani serait l’homme avec qui parler.
5. Descente de la nouvelle route de la soie
Des amis réformistes de Téhéran n’arrêtent pas de me répéter que le pays est maintenant plongé dans une atmosphère identique à celle de la « Révolution Culturelle « des années 60 en Chine ou de la campagne de rectification à Cuba dans les années 80 – et que rien de « pourpre » ou « d’orange » ou de « tulipe » ou des autres mouvements à l’Occidentale d’une toute autre couleur, dont pourrait rêver Washington, est en vue à l’horizon.
Dans de telles conditions, que se passerait-il s’il y avait une attaque aérienne américaine contre l’Iran ? Le dirigeant Suprême, publiquement a offert sa propre version des menaces en 2006. Si l’Iran était attaquée, a-t-il dit, les représailles seraient d’une puissance double contre les intérêts américains partout dans le monde.
Des lignes d’approvisionnement américaines et des bases dans le Sud de l’Irak jusqu’au Détroit d’Hormuz, les Iraniens, bien que n’ayant pas une énorme puissance militaire, ont néanmoins la capacité de causer de vrais dommages aux forces américaines et aux intérêts américains – et certainement de faire en sorte que le prix du pétrole touche la stratosphère. Une telle « guerre » serait véritablement un désastre pour tout le monde.
Cependant, la direction théocratique iranienne, semble douter que l’Administration Bush et l‘armée US, épuisées par leurs guerres en Irak et en Afghanistan, attaquera. Ils ont les mains attachées dans le dos. Pendant ce temps, la stratégie du « Regardez à l’Est », poussée par l’explosion des prix des ressources énergétiques, porte ses fruits.
Ahmadinejad vient juste d’achever un tour de l’Asie du Sud, et, au désespoir des néo cons américains, le réseau énergétique sécuritaire asiatique est entrain de devenir une réalité. Il y a deux ans, au ministère du pétrole à Téhéran, on m’a dit que l’Iran pariait sur une
« totale interdépendance des géopolitiques économiques de l’Asie et du Golfe Persique ».
Cette année, l’Iran est finalement devenue un pays exportateur de gaz naturel. Le cadre du pipeline Iran-Pakistan-Iran de 7.6 billions de dollars, connu aussi sous le nom de pipeline de la « paix » est en voie d’installation. Ces deux alliés du Sud de l’Asie ignorent les désirs de l’Administration Bush, et développent rapidement leurs liens économiques, politiques, culturels et – point crucial – géostratégiques, avec l’Iran. Une attaque contre l’Iran serait inévitablement perçue maintenant comme une attaque contre l’Asie.
Quel désastre en gestation, et pourtant, plus que jamais, la faction de Cheney à Washington (sans mentionner l’éventuel futur président John McCain) semble prête à bombarder. Peut être le Madhi lui-même – dans sa sagesse occulte – parie-t-il sur une guerre US contre l’Asie pour se diriger avec indolence vers Qom, pour renaître.
Copyright Pepe Escobar
Source TomDispatch : http://www.tomdispatch.com/
Publié le 3 mai 2008 sur Asia Times On Line
Url de l’article en anglais : http://www.atimes.com/atimes/Middle_East/JE03Ak05.html
Introduction et Traduction de l’article : Mireille Delamarre pour www.planetenonviolence.org
Pepe Escobar est l’auteur de i[Globalistan: How the Globalized World is Dissolving into Liquid War (Nimble Books, 2007) and Red Zone Blues: a snapshot of Baghdad during the surge.]I
Pour lui écrire : pepeasia@yahoo.com.
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