Le président Chirac de France, qui quitte ses fonctions le 16 mai, est peut être sur le point de perdre la dernière bataille de sa carrière présidentielle de 12 ans.
Il a juré que les assassins de son proche ami, l’ancien premier ministre libanais Rafik Hariri seraient jugés et condamnés par un tribunal international crée spécialement par le Conseil de Sécurité de l’ONU et accepté par le gouvernement libanais. Hariri et 22 autres ont été tués lors d’une vaste explosion dans le centre de Beyrouth le 14 février 2004.
Quand Chirac s’est rendu à Beyrouth pour assister aux funérailles, on dit qu’il a juré en privé à la famille Hariri de punir les assassins. Ce jour là même, il a avancé l’idée d’un tribunal international et a fait campagne pour lui depuis.
Mais le temps manque. A peine à deux semaines du départ de Chirac du Palais de l’Elysée, une violente controverse concernant la proposition de ce tribunal à depuis des mois paralysé non seulement le gouvernement libanais, mais la totalité du système politique libanais. Entre temps, un Conseil de Sécurité divisé n’a pas, jusqu’à présent, réussi à agir comme Chirac l’aurait aimé.
L’assassinat d’Hariri a conduit à une querelle amère entre le régime syrien du président Bashar al-Assad et Chirac qui le suspecte de complicité dans le crime. Certains diront que l’obsession personnelle de Chirac en ce qui concerne Hariri et sa colère contre la Syrie ont affecté son jugement. Il semble avoir refusé le fait que tant que le conflit arabo-israélien reste sans solution, la Syrie a des intérêts sécuritaires certains au Liban, où elle ne peut pas tolérer un gouvernement hostile, ou l’influence d’une puissance extérieure hostile.
Les alliés libanais de la Syrie ont dénoncé le tribunal international comme une machination politique visant à faire entrer le Liban dans la sphère d’influence des Etats-Unis et d’Israël. Par conséquent, ils se sont précipités pour défendre la Syrie, des membres du Cabinet représentant le parti Amal et le Hezbollah - - 2 mouvements à majorité shi’ite proches de la Syrie - - se sont retirés du gouvernement, rendant ainsi ses décisions caduques.
Le président Emile Lahoud, un autre des alliés de la Syrie, a refusé de mettre sa signature au bas du texte créant le tribunal. De même, un autre allié de la Syrie, le porte parole du parlement Nabih Berri, a refusé d’appeler la chambre en cession pour approuver le projet, tandis que des membres de l’opposition ont pendant des semaines campé en grand nombre à l’extérieur du siège du gouvernement dans Beyrouth pour essayer de faire tomber le gouvernement de Fuad Siniora.
A l’opposé, les opposants de la Syrie au Liban - - soutenus par la France et les Etats-Unis - - considèrent le tribunal proposé non seulement comme un moyen de venger l’assassinat d’Hariri, mais aussi comme une façon d’affirmer la souveraineté du Liban en excluant en même temps l’influence syrienne sur les affaires libanaises.
La controverse est par conséquent plus politique que légale. Elle porte tout autant sur les ambitions des puissances extérieures que sur la lutte interne pour le pouvoir.
Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon était récemment à Damas pour tenter de persuader la Syrie d’aider à résoudre la crise libanaise en concédant sur le tribunal. On pense que le président Bashar lui a répondu que la question était purement une affaire libanaise. Lors d’une visite récente à Beyrouth, le conseiller juridique de Mr Ban, Nicolas Michel, à lui aussi échoué à persuader les politiciens libanais de résoudre leur querelle et de mettre fin à la paralysie du pays.
Pour sortir de l’impasse, la diplomatie française a essayé de persuader le Conseil de Sécurité de dépasser les objections locales et de créer le tribunal sous le chapitre VII de la Charte des l’ONU - - le chapitre qui autorise le Conseil de Sécurité à avoir recours à des mesures coercitives s’il détermine que la situation constitue une menace pour la paix internationale. Mais un certain nombre de membres du Conseil de Sécurité dont notamment le Qatar, la Chine et la Russie, ont montré leur désaccord.
Le problème c’est que l’assassinat d’Hariri - - aussi haineux soit-il - - ne peut pas juridiquement être décrit comme un crime grave international nécessitant le jugement d’un tribunal crée par l’ONU, sur le modèles des tribunaux créés pour juger les responsables du génocide Tutsis au Rwanda, ou ceux coupables de nettoyage ethnique dans l’ex Yougoslavie.
De même la querelle entre les factions pro et anti syriennes au Liban ne peut être décrite comme une menace à la paix ayant des proportions mondiales.
On rappellera que le 7 avril 2005, peu après l’assassinat de Hariri, le Conseil de Sécurité a passé la Résolution 1595 pour établir une commission indépendante pour enquêter sur le crime. Ceci, en soi, était une nette entorse aux pratiques internationales. De plus, le premier président de la commission, le magistrat allemand Detlev Mehlis, n’a pas réussi à fournir de preuve convaincante pour soutenir ses allégations de la culpabilité de la Syrie. Son successeur, le juge belge Serge Brammetz, a été notablement plus prudent et moins provocant dans ses récents rapports. Il a demandé une année supplémentaire pour continuer ses enquêtes.
Pendant ce temps, le président Chirac et sa femme Bernadette se préparent à quitter le Palais de l’Elysée et à emménager dans un appartement dans Paris qui leur est prêté par la famille Hariri - - Dernier exemple des liens étroits entre eux.
Le 25 février dernier, lors d’une cérémonie en mémoire de Rafik Hariri, le président Chirac a décrit son ami comme un
«homme d’état visionnaire» dont la mort avait laissé une
« blessure inguérissable ». Les amis du Liban peuvent seulement espérer que la blessure aux institutions libanaises peut être guérie et que la question cruciale des relations du Liban avec la Syrie - - d’importance vitale pour les deux pays - - peut être résolue sur la base d’une compréhension mutuelle et de respect.
Patrick Seale 30/04/07
Source et copyright : www.aljazeera.com
Patrick Seale est un écrivain britannique réputé. Il écrit sur le Moyen Orient et est l’auteur de « The Struggle for Syria « et aussi de » Asad of Syria: The Struggle for the Middle East » et « Abu Nidal: A Gun for Hire «
Traduction bénévole Mireille Delamarre pour www.planetenonviolence.org
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