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Bombardement d’Israël sur une Installation en Syrie : Qu'en Pense Seymour Hersh

Dans un article* publié dans le le New Yorker, le journaliste d’investigation Seymour Hersh revient sur le bombardement israélien de l’automne dernier- un acte de guerre contre la Syrie – Al Jazeera l’interview à ce propos.



Copyright New Yorker
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Interview de Seymour Hersh par Sarah Brown

Seymour Hersh, l’un des journalistes d’investigation les plus connus, a enquêté sur le mystérieux bombardement controversé mené par Israël l’année dernière sur une installation syrienne

Dans un nouvel article pour le magazine le New Yorker, le journaliste, lauréat du prix Pulitzer, connu pour son travail exposant le massacre de My Lai au Vietnam et les mauvais traitements horribles infligés aux prisonniers irakiens dans la prison d’Abu Graib, dit qu’il y a des preuves montrant que le bombardement était une mise en garde à la Syrie et ses alliés, dont l’Iran.

Al Jazeera a parlé du bombardement avec lui, pourquoi il pense que les médias n’ont pas fait leur travail concernant cette histoire, et ce que cela veut dire pour le Moyen Orient.

Q : Pourquoi Israël a-t-il bombardé une cible en Syrie ?

R : Bon, je n’ai pas la réponse à cette question directe – une chose qui a énormément d’importance, c’est qu’Israël et son principal allié, les US, ont choisi officiellement de ne rien dire sur cet incident, et c’est ce qui fait que je m’y suis intéressé – Qui a entendu parler d’un pays bombardant un autre pays et ne disant rien là-dessus et pensant qu’ils avaient en quelque sorte le droit de ne pas en parler ?

En 1981, quand Israël a bombardé le réacteur d’Osirak en Irak ils ont fait beaucoup de bruit publiquement là-dessus. Dans ce cas ils n’ont rien dite publiquement, mais après quelques semaines ils ont démarré la fuite d’informations.

Ils ont commencé à raconter à certain s reporters des histoires très grandioses sur ce qui était arrivé – des navires arrivant avec des matériaux illicites, déchargés par des gens portant des combinaisons de protection… D’un port sur la Méditerranée jusqu’au site bombardé, des commandos au sol, des échantillons de sol.

Et aucune de ses informations ne s’est révélée être vraie, tout du moins, je n’ai pu trouver aucune preuve de cela.

Et donc je dois dire que si cet article que j’ai écrit suscite une décision israélienne de rendre des éléments de son énorme dossier public, répondant ainsi à certaines questions, alors c’est très bien… Mais ils ne l’ont pas fait et j’ai trouvé terrible cette prétention démesurée et cette arrogance de penser qu’ils pouvaient commettre un acte de guerre – c’est ainsi que se défini un tel acte - et puis ne rien dire là-dessus.

La Syrie bien sûr n’a pas arrangé le problème en se montrant malheureusement maladroite dans sa réponse. Ils leur a fallu, je pense, jusqu’au 1er novembre, presque 4 semaines après l’incident, avant que le président de Syrie, Bashar al – Assad, reconnaisse qu’ils avaient effectivement été bombardé.

Q : Pourquoi une réaction aussi silencieuse de la part de la Syrie ?

R : Je pense qu’ils sont démunis. Je ne crois pas qu’ils aient conscience du cycle des informations 24h sur 24. C’est quelque chose qui leur est complètement étranger.

Donc ce qui est arrivé c’est : un raid a lieu, ils annoncent qu’il y a eu une intrusion des israéliens, ils disent d’abord deux jours après que des munitions ont été bombardées, puis, cependant, le ministre des affaires étrangères dit lors d’un voyage en Turquie 4 ou 5 jours après l’incident que rien n’a été bombardé, des bombes sont tombées mais rien n’a été touché.

Puis, trois semaines plus tard, le président dit : « Oh, bien, en fait un bâtiment a été détruit. » Vous ne pouvez pas dire quelque chose d’inepte sur une réalité. Ils n’ont pas été vraiment très bons.

Mais il y a d’autres facteurs.

Q : Tel que celui de la Corée du Nord ?

R : Il y avait des nord-coréens sur le site, comme l’ont affirmé les israéliens. Ils construisaient un bâtiment, un complexe militaire, je pense, selon ce que je devine.

J’ai eu deux versions différentes de personnes à l’intérieur de la Syrie.

L’une parle d’un éventuel entrepôt chimique pour la guerre chimique, l’autre, qui me semble plus crédible, que c’était pour « des missiles – des missiles de courte portée à utiliser au cas ou nous serions attaqué par Israël, nous répondrions de manière asymétrique avec des missiles. »

Q : Parce qu’ils pensent que des armes chimiques sont d’aucune utilité contre une puissance nucléaire ?

R : Oui. Ils seraient incinérés. Et on m’a dit qu’ils avaient pris cette décision depuis bien plus longtemps que ce que nous avons pu penser.

On m’a dit qu’ils avaient vraiment cessé d’accorder une valeur aux têtes chimiques, certainement comme armes de dissuasion, parce que la réponse serait nucléaire.

Q : Certaines de vos sources ne vous ont-elles pas dit qu’il y avait des preuves soutenant la théorie que les US voulaient qu’Israël teste les systèmes de défense aériens de la Syrie, parce qu’ils sont identiques à ceux de l’Iran ?

R : Au début. Ce plan a été conçu – par là je veux dire qu’il a été conçu par les chefs d’état major US, il a été conçu par les gens du bureau du vice président Dick Cheney.

Le peu que je sache sur ce processus c’est que pendant l’été, des mois avant la mission, il y a eu beaucoup de discussions sur la réalisation de cette mission et il y a eu un rapport dans la communauté du renseignement, venant de l’Agence de Renseignement de la Défense, disant que la Syrie avait considérablement augmenté la capacité de son système de radar et de contrôle.

Il disait qu’ils avaient un système de radar anti aérien proche ou parallèle à celui qu’on sait maintenant être installé en Iran – donc c’était un moyen de tester le système radar syrien.

Vous pouvez vous déplacer partout en Syrie et personne n’y fait attention, c’est un petit pays de 17 millions d’habitants. Mais pénétrer en Iran et vérifier les radars en survolant un site, cela mène à une contre attaque.

Les Israéliens ont survolé en toute impunité la Syrie, et il n’y a pas grand chose que celle-ci puisse faire, et les Israéliens savaient que la Syrie ne ferait rien.

Donc, au départ, cela a été perçu par mes amis comme une opération radar, ce n’est qu’après les faits qu’ils ont appris autre chose.

Cela a été très difficile d’obtenir des informations en Israël car ils ont interdiction de parler et la censure militaire a été imposée sur ce sujet.

Mais j’ai obtenu de certains de me dire « Ah, cet histoire sur le système radar c’était n’importe quoi – cela ne peut jamais arriver, on peut rentrer comme on veut. »

Cela semble clair de par ce que j’ai appris par mes amis américains et des Syriens, que les Israéliens sont rentrés directement, et que la seule cible qu’ils avaient était celle qui a été bombardée.

Ils ne cherchaient pas de site de radar, ils sont simplement rentrés et ont détruit la cible.

Donc, vous passez vraiment alors à un autre niveau de questions, dont je ne me suis pas vraiment occupé dans cet article parce que c’est hypothétique – qui a autorisé cela ?

A qui ont-ils parlé ? Je veux dire qu’Israël ne mène pas un tel raid sans en parler à la Maison Blanche et je ne peux trouver personne qui savait à l’avance qu’ils allaient frappé cette installation.

Cela se pourrait que je ne puisse trouver personne, cela ne veut pas dire qu’il n’existe pas, mais cela se pourrait aussi que quelqu’un comme Dick Cheney, qui a déjà fait cela par le passé, ait passé par-dessus la chaîne de commandement.

Donc, en d’autres termes, normalement toute cette information sur une attaque israélienne devait passer par les chefs d’état major, mais il a peut être courcircuité ce processus – il a fait cela par le passé lors d’autres incidents – mais je ne peux pas vous dire avec certitude ce qui s’est passé ici.

Q : Le but du raid était-il d’agir comme une éventuelle dissuasion vis-à-vis de l’Iran ?

R : Bien sûr c’était une idée des US, faire savoir aux Iraniens que malgré l’Estimation des Renseignements Nationaux « nous sommes prêts à… nous avons un proxy et les Israéliens iront frappé pour nous si nous en avons besoin. »

Mais bien sûr, pour Israël, toute cette mission était vue sous un autre angle.

Je pense que les Israéliens étaient préoccupés par la présence des nord-coréens là bas, (sur le site) ils étaient préoccupés par la construction et ils ont pensé : « que diable, quoi que cela soit, nous allons pas laisser faire. Nous allons frapper l’installation avant qu’elle ne soit achevée, quel que soit ce que c’est. »

S’ils pensaient que c’était nucléaire, j’espère qu’ils nous le prouverons, sinon ils ont juste frappé un bâtiment qui n’était même pas terminé.

Et le résultat a été fantastique pour eux car cela a remis Olmert en selle, a accru sa popularité.

Q : Vous voulez dire après la guerre du Liban de 2006 ?

R : Absolument. Et aussi cela a été perçu comme un message à Bassar al Assad, le président de Syrie qui, pour les Israéliens était devenu impudent après la guerre du Hezbollah parce que c’est un grand supporter de Hassan Nasrallah (le dirigeant du Hezbollah) – c’est le grand copain d’Assad.

Les Israéliens pensaient qu’ils pouvaient le remettre à sa place, et aussi le message à Bashar Assad est : « donc, qu’est ce que l’Iran fait pour vous maintenant camarade ? On vient et on vous assène un coup sur la tête, et est ce que l’Iran fait quelque chose ? »

Et la presse américaine, et la presse internationale ont finalement été utilisées sur cette histoire de façon scandaleuse.

Q : Concernant la culpabilité des médias, cela a été un énorme problème lors des préparatifs de guerre de 2003 – des preuves questionnables qui sont supposées justifier la guerre. Est-ce que les médias sont de nouveau manipulés ici ?

R : La presse a été maladroite là-dessus et crédule et a tout pris pour argent content.

Pour moi la presse US – je ne pense pas qu’ils se soient confrontés à ce qui s’est passé à ce sujet… Les journaux ont raté, sans aucun doute, la plus grande histoire morale de cette dernière décennie, c'est-à-dire le chemin illégal menant à la guerre en Irak et nous l’avons raté.

Et ce n’est pas notre boulot, ce n’est pas notre boulot de rater cela, notre boulot ce n’est pas d’écouter le président. Il y avait des éléments signalant le même type de « lèche » et c’est très préoccupant.

Q : Avec les élections aux US cette année, pensez vous que la politique étrangère va changer avec le nouveau président, spécialement à l’égard d’Israël, de l’Iran, de la Syrie ?

R : Bon, cela ne changera certainement pas avec McCain, il ne parle même pas de changer la guerre, ce que je pense est une énorme erreur.

Quelqu’un que je connais a écrit un essai merveilleux disant que l’Irak est un corps mort, et que David Petraeus, le général, et notre ambassadeur Ryan Crocker, sont les employés des pompes funèbres, et leur boulot c’est de s’occuper du maquillage et du rouge aux joues du corps pour les six mois à venir, jusqu’à ce qu’on en est fini avec les élections – c’est leur rôle.

Concernant Israël, c’est très difficile, vous savez en Amérique il n’y a tout simplement pas de questionnement. L’influence américaine juive est énorme. Il y a beaucoup d’argent.

Je souhaite simplement que beaucoup de juifs américains lisent les journaux israéliens – particulièrement Haaretz – avec plus d’attention, et ils verraient qu’il y a une critique vibrante du gouvernement israélien… et on ne voit tout simplement pas cela actuellement aux US.

Je suis juif, et je ne suis pas antisémite, et je ne suis pas anti Israël – les Israéliens le comprennent, de même, entre parenthèses, de nombreux américains ne comprennent pas grand-chose sur les dirigeants du Hamas et d’autres.

Tout le monde là bas ne passe pas sa vie à vouloir tuer des juifs, ils sont plus disposés qu’on ne le pense à croire en la coexistence, tout simplement ils n’aiment pas la façon dont fonctionne le système.

Q : Qu’est que vous pensez de l’héritage laissé par Bush au monde ?

R : Il a fait plus pour semer la terreur dans le monde que quiconque que je connais. Le monde est tellement plus dangereux.

J’ai un ami très sage en Syrie, qui est actuellement un homme d’affaire en Occident.

Juste après que les bombardements sur l’Irak aient commencé il m’a dit : « cette guerre ne changera pas l’Irak – l’Irak vous changera » et donc je l’ai vu venir et c’est effrayant.

C’est très effrayant de voir comment les choses sont si fragiles juste maintenant, rien ne va au Liban, rien ne va avec la Syrie, rien ne va avec l’Iran… Ne pouvons nous pas parler aux gens que nous n’aimons pas ?

Nous devons négocier, c’est de cette seule façon que nous résoudrons nos problèmes.

Sarah Brown 07/02/08 Copyright www.aljazeera.net

Information complémentaire

Les Israéliens ont essayé de faire pression sur Hersh pour qu’il dise que le site bombardé était nucléaire.

Dans l’article du New Yorker (voir url ci-dessous) selon Hersh : « un ancien responsable des renseignements US, qui a accès aux renseignements actuels a dit : « nous n’avons aucune preuve de l’existence d’un réacteur – aucune information des renseignements, aucun renseignement humain, aucune information satellitaire »…)i Pourtant lors de son voyage en Israël, les officiers qu’Hersh a rencontré ont maintenu que les renseignements israéliens sur le caractère nucléaire de l’installation syrienne étaient tout à fait véridiques i[« N’écrivez pas qu’il n’y avait rien là bas « lui a dit un haut responsable israélien qui est en position de connaître les détails du raid sur la Syrie, «pointant vers moi (Hersh) un doigt menaçant. »

*A Strike in the Dark


Stratégie de Bush à l'égard de l'Iran

Election présidentielle US : McCain






Dimanche 10 Février 2008
Mireille Delamarre

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