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MONDE ARABE

Bili'in: résistance non-violente d'un village de Palestine

Bili’in, situé en Cisjordanie occupée, mène depuis plusieurs mois un combat non-violent contre le Mur, pour la construction duquel les israliens ont confisqué 60% de ses terres, et contre l’occupation, avec l’aide des pacifistes israéliens et internationaux. Les 20 et 21 février s'est tenue à Bili'in une conférence internationale pour une lutte populaire commune et non violente, des extraits de son compte rendu sont présentés ci dessous.



Bili'in: résistance non-violente d'un village de Palestine

Bili’in, un village non violent de Palestine

Bil'in est un village de Palestine qui veut continuer à exister, qui lutte pour sauvegarder sa terre, ses oliviers, ses ressources, sa liberté. En annexant près de 60% des terres de Bil'in pour y construire le mur de séparation, l'état d'Israël étouffe le village, le détruit chaque jour un peu plus, en emmurant ses habitants dans une prison à ciel ouvert. Soutenus par des activistes israéliens et internationaux, les habitants de Bil'in manifestent pacifiquement tous les jours devant le chantier de la honte. Et tous les jours l'armée israélienne répond par la violence, aussi bien physique que morale.

Les habitants de Bil'in continuent à résister malgré la multiplication de descentes nocturnes des soldats dans le village. Les arrestations de plus en plus nombreuses d'habitants et d'activistes. Mais maintenant l'armée a décidé de durcir la répression en arrêtant systématiquement des membres du comité du village chargés d'organiser la lutte et les actions de résistance non-violentes. Des arrestations sans raison juridique réelle destinées à décourager les habitants de Bil'in et réduire la résistance au silence.

Les 20 et 21 février s'est tenue à Bil'in une conférence internationale pour une lutte populaire commune et non violente contre le Mur et l’occupation. Près de 400 participants, israéliens, palestiniens et internationaux, étaient présents. Répartie sur deux jours, la conférence a débuté par une présentation de la situation à Bil'in et de divers villages voisins tels Aboud et Beit Sira. Au programme de la conférence : discussions,ateliers de travail et de réflexion, projection d'un film retraçant la première année de résistance non violente à Bil'in, manifestation contre le mur, plantation d'oliviers et match de football sur les terres annexées...

Quelques courts extraits d'interventions au cours de la conférence internationale des 20 et 21 février 2006

Abdallah Abou Rahma, coordinateur du comité populaire de village pour la résistance non violente contre le mur ouvre la conférence en souhaitant la bienvenue aux participants de tous les pays du monde qui sont venus aujourd’hui exprimer leur solidarité avec les Palestiniens dans leur lutte contre l’occupation. Il insiste sur l’importance du type de lutte commune qui a été “inventée” par Bil’in il y a juste un an : à la fois non-violente, commune à tous ceux qui sont opposés à l’occupation militaire, que ce soient les Palestiniens, les Israéliens pour la paix, ou les Internationaux, et “de masse” dans leur village où tous les habitants sont mobilisés. Il indique aussi que le Conseil de village a été d’une grande aide dans la lutte contre le Mur.

Mohamed Abu Rahma, chef du Comité populaire de village, remercie tous ceux qui ont répondu à leur invitation, les représentants des mouvements de solidarité internationale, les Israéliens, les responsables et les membres des villages environnants. Il remercie aussi le personnel de l’école et les représentants du village. Il souligne la valeur symbolique de la présence et du soutien des présents. En effet, il est important de continuer cette lutte contre le mur, et cette lutte est impossible à mener sans un soutien fort d’Israéliens et d’Internationaux.

"Les gens d’ici ont beaucoup souffert des colons et de l’armée israélienne. Nombre d’entre eux ont été blessés, beaucoup ont été arrêtés. Mais ils continueront à résister pour faire tomber ce mur honteux. Nous vous appelons, s’il vous plaît, à soutenir notre lutte jusqu’à son terme. La stabilité dans les villages de Palestine sera une contribution importante à la stabilité dans d’autres parties du monde. Nous espérons que bientôt, nous serons libres dans un état palestinien dans les limites de la ligne verte de 1967 avec Jérusalem comme capitale et le retour des réfugiés".

Mohamad el Khatib, Comité Populaire : sur la lutte à Bili'in

"Il y a exactement un an que nous avons commencé notre lutte contre le mur et contre la confiscation de notre terre (2300 dunams = 230 hectares). Nous avons commencé par organiser une manifestation quotidienne pendant 2 mois, puis nous avons décidé d‘en faire une par semaine, le vendredi. La réaction des Israéliens a été très agressive. 350 personnes ont été blessées, d’autres ont été arrêtées. Le village a été envahi pendant la nuit et les soldats ont dit que c’était une punition collective. Puis le couvre-feu a été décrété. Mais rien de tout cela n’a pu stopper notre résistance.

On peut se demander : pourquoi Bil’in ? Pourquoi cela a-t-il réussi à durer si longtemps ? Pourquoi avons nous réussi à établir un partenariat ?

Peut-être parce nous avons décidé de continuer notre lutte sans changer notre vie quotidienne, sans arrêter les cours à l’école, etc. Nous n’avons forcé personne à se joindre à nous. Nous continuons aussi parce que nous oeuvrons à l’unité nationale des Palestiniens d’où qu’ils soient et à quelque parti qu’ils appartiennent. Dans les manifestations, les drapeaux nationaux ont toujours flotté plus haut que les drapeaux des partis. Parce que nous avons compris ce que l’occupation représente pour nous et pour nos ennemis, nous pouvons nous battre plus efficacement. La stratégie de l’occupation est de vider cette terre de ses occupants.

Nous nous appuyons sur tous ceux qui veulent nous soutenir, quelque soit leur religion ou leur nationalité. C’est ainsi que les pacifistes israéliens sont nos partenaires. Au début, il y en avait 5 ou 6. Maintenant, ils sont plus de 110. Nous savons à quel point la violence des soldats israéliens est différente lorsqu’ils ont en face d’eux des Israéliens ou des Internationaux et lorsqu’il n’y a que des Palestiniens. Alors, nous avons tiré parti et nous luttons toujours ensemble. Nous avons aussi compris que les medias veulent des évènements. Alors nous inventons quelque chose de nouveau chaque semaine.

Notre lutte dure à Bil’in parce que nous comprenons notre ennemi et comment nous conduire avec lui, et nous avons réussi à montrer aux médias que la sécurité n’est pas la raison d’être du mur. Nous n’avons pas d’autre arme que notre cerveau. Nous montrons que nous sommes les victimes et que les soldats israéliens sont les agresseurs. Nous avons réussi à ce que les médias viennent chaque semaine et qu’ils montrent la violence israélienne. Par notre combat pacifique, nous réussissons ainsi à atteindre l’un de nos objectifs. Une fois, nous avons réussi à éviter que les soldats utilisent leurs armes. Mais ils ont pris nos oliviers et nous n’avons pas réussi à les en empêcher. Nous avons réussi à montrer publiquement qu’ils ne sont que des machines à obéir aux ordres. C’est nous qui prenons l’initiative".


Uri Avnery - Gush Shalom, Le bloc de la Paix, organisation israélienne (extraits)

"Je suis ému chaque fois que je viens à Bil’in. Aujourd’hui je suis encore plus ému car Bil’in est devenu un symbole sur trois plans. D’abord un symbole du courage des Palestiniens. Ensuite du lien entre les pacifistes israéliens et les Palestiniens. Enfin du soutien des mouvements internationaux pour la paix. C’est un symbole pour le futur.

Nous sommes deux peuples, le peuple israélien et le peuple palestinien ensemble sur une même terre. C’est une situation unique au monde. C’est différent de l’Afrique du sud, différent de l’Algérie. C’est arrivé dans des conditions uniques au monde. Imaginez une personne qui vit au premier étage. Pour sauver sa vie, elle doit sauter par la fenêtre et elle tombe sur un passant. Celui-ci est blessé et invalide à vie. Les juifs il y a 50 ans ont commencé à fuir l’Europe à cause de la chasse aux juifs, puis de l’holocauste. Les juifs se sont enfuis en Palestine en ignorant qu’il y avait des Palestiniens.

Le but de notre lutte est de faire la paix et de rendre justice aux Palestiniens. Depuis on a utilisé le slogan selon lequel la Palestine est un pays vide et que les Palestiniens n’existent pas : "Une terre sans peuple pour un peuple sans terre". C’est pourquoi la lutte des Palestiniens avec les Israéliens est très importante.

Le premier à le réaliser a été Yasser Arafat. Il a compris qu’il n’y avait pas de solution militaire à ce conflit, seulement des solutions politiques. Et il a envoyé des émissaires pour discuter avec les mouvements pacifistes israéliens. Il y a 20 ans, ont commencé les contacts réguliers entre ces mouvements pour la paix et l’OLP. Pendant l’invasion du Liban, j’ai rencontré Arafat à Beyrouth en plein sous les bombardements, et il parlait de paix entre la Palestine et Israël.

Sommes-nous arrivés à quelque chose ? Au fur et à mesure que le temps passe, la situation des Palestiniens empire. Mais je crois en fait que la situation est en train de changer. Il y a 20 ans, il n’y avait pratiquement aucun Israélien prêt à accepter l’existence d’un peuple palestinien. Et maintenant, il n’y a pratiquement plus d’ Israéliens qui nient l’existence de ces Palestiniens. On disait que Arafat et l’OLP étaient des terroristes, dans leur charte ils demandaient la destruction d’Israël. Maintenant, on dit la même chose du Hamas. Et pourtant il y a une majorité dans les sondages pour la reconnaissance d’un état palestinien, et même pour admettre que l’on peut discuter avec le nouveau pouvoir palestinien.

Maintenant, il nous reste à convaincre les Israéliens que la paix est possible. C’est difficile car ils ont connu tellement de mensonges, ils ont eu à souffrir de tant de violences.... Mais je suis sûr que la lutte que vous menez est capable de les en convaincre. En ce moment, les gens sont déprimés, mais il n’y aucune raison d’être déprimé. Car les Palestiniens n’abandonneront jamais leur lutte, et parce que les gens en Israël commencent à être instruits de ce que vous faites. Et nous continuerons à les instruire plus encore.

Chers amis, il est très facile de désespérer. Chacun de nous connaît des moments de découragement. Mais je suis convaincu que la paix gagnera, la justice gagnera. Il y a quelques semaines, j’étais à Berlin. Dans des magasins, il y avait des morceaux du mur de Berlin en vente. Le jour viendra, comme ici à Bil’in, dans un Etat palestinien libre, où quelqu’un pourra acheter un morceau du mur que nous combattons aujourd’hui.

Chaque fois que je suis à Bil’in, et en d’autres endroits de la Palestine occupée, je ne puis m’empêcher de penser quel paradis serait ce pays s’il y avait la paix, une paix basée sur la justice et le respect mutuel. Cette paix viendra. Et quand elle sera là, le dernier souhait de Yasser Arafat, dont ont voit la photo ici, sera réalisé : ses restes seront ensevelis à Jérusalem. ".

Mustapha Barghouti, Président de l’Union des comités de secours médical palestinien et de la plate-forme des ONG palestiniennes (al Mubadara- titre de la communication)

"Je veux exprimer ici toute mon estime pour le combat de Bilin, parce qu’il est devenu un symbole de la lutte non violente contre l’occupation. Le mur n’est pas seulement un mur. Il est devenu la solution pour les Israéliens pour résoudre le problème que leur posent les Palestiniens : ils ont essayé tous les moyens possibles pour les chasser de chez eux.

Ils ont échoué, les Palestiniens sont restés. L’alternative qu’ils ont trouvée est de les enfermer dans des bantoustans entourés par des murs.

Ce n’est pas seulement un mur, mais l’expression du système d’apartheid pratiqué par Israël : 80% des Palestiniens ont été interdits de quitter leurs villages pendant les 5 dernières années. Ce processus a commencé lorsque les Israéliens ont réalisé que jamais les Palestiniens n’abandonneraient leur lutte pour la liberté et pour l’indépendance : en effet les territoires annexés derrière le mur sont exactement ce qu’ils avaient mis en zone C au moment des accords d’Oslo en 1993. Les bantoustans étaient implicites déjà dans Oslo.

Mais on ne pourra pas demander aux Palestiniens un compromis sur le compromis (qui consiste à accepter un état à l’intérieur de la ligne verte). Ils ne lâcheront pas un pouce du territoire qui a été internationalement reconnu à Oslo. Le mur doit tomber.

Solution : un Etat palestinien sur la ligne de 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale, plus la reconnaissance du droit au retour des réfugiés avec négociations. C’est maintenant au Hamas de négocier cette solution puisqu’ils ont été élus par le peuple. Les élections ont été un modèle de démocratie, de transparence. Bien sûr personnellement, j’aurais aimé qu’il y ait moins d’élus Hamas, mais c’est un autre problème.

Maintenant la Palestine a montré qu’elle est la deuxième démocratie au Moyen Orient. Elle est même plus démocratique qu’Israël. L’organisation de ces élections a été un succès de la lutte non-violente, par exemple comment les Palestiniens et l’Autorité palestinienne ont forcé les Israéliens à accepter des élections à Jérusalem par des moyens pacifiques. C’est aussi une part de la lutte contre le Mur. Les Israéliens ont annoncé qu’ils ne veulent pas discuter avec le Hamas parce qu’il serait terroriste. Alors je pose la question : pendant un an ils ont refusé de négocier avec Abu Mazen qui les attendait de façon pacifique au parlement. Avant ils avaient refusé de négocier avec Arafat.

La vérité, c’est qu’ils veulent gagner du temps pour imposer leur solution unilatérale : récupérer 52% de la Cisjordanie, tout Jérusalem, plein de colonies, etc. C’est grave car ils sont en train de détruire ce que les Palestiniens avaient obtenu, un état libre sur 22% de la Palestine. C’est très dangereux. Pour Israël, le temps d’Oslo est passé. Ils n’en ont plus besoin. Ils avancent.

Il faut boycotter Israël, le plus important exportateur d’équipement militaire. C’est un outil très important pour les internationaux. Et si on ne veut pas sanctionner Israël, au moins, il faut sanctionner toute coopération militaire avec Israël.

Rien au monde ne pourra briser la résistance palestinienne".


Plus d’informations et pour soutenir Bili’in et ses habitants non-violents

Femmes palestiniennes: entretien avec la nouvelle ministre des affaires féminines

Terre Sainte ou Enfer vivant: écocide israélien en Palestine

Dimanche 2 Avril 2006
Mireille Delamarre

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