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Afghanistan : On nous ment, la résistance afghane à l’occupation occidentale se renforce. Reconstruction : les aides fantômes.

Ne croyez pas ce que VOS médias et politiciens vous racontent sur l’Afghanistan. Presque toutes les informations que nous avons sur cette guerre qui dure depuis 5 ans en Afghanistan sont fournies par les officiers des relations publiques des Etats-Unis ou de l’OTAN, ou par des journalistes «embedded» (incorporés) qui ne font que répéter comme des perroquets les informations fournies par les militaires. Demandez vous quand est ce que vous avez lu pour la dernière fois un article d’un journaliste couvrant ce qui se passe du côté des talibans et des forces de résistance afghanes... Reconstruction: un témoignage récent de l’inspecteur général pour la reconstruction de l’Irak a révélé comment l’Agence étasunienne pour le développement international (Usaid) manipule ses propres comptes pour cacher les coûts gigantesques ajoutés aux projets d’aide par les problèmes de sécurité (on arrive à des majorations de 418%).



Afghanistan : On nous ment, la résistance afghane à l’occupation occidentale se renforce. Reconstruction : les aides fantômes.

Afghanistan : Le temps de la vérité

Maintenant, la version officielle à l’eau de rose des faits est formellement contredite par des observateurs impartiaux.

Le respecté « Think Tank » européen le Conseil de Senlis, qui se concentre sur l’Afghanistan, vient juste de rapporter que le mouvement taliban « est entrain de reprendre l’Afghanistan » et contrôle maintenant la moitié sud du pays.

Ceci s’éloigne de façon extraordinaire des affirmations des Us et de ses alliés de l’OTAN qu’ils sont entrain progressivement de gagner la guerre en Afghanistan. Mais, plus précisément, la regagner, depuis que l’Administration Bush a proclamé en 2001 sa victoire totale en Afghanistan. A l’époque, nous avions dans cette colonne prédit que cette victoire était illusoire et que la guerre reprendrait dans 4 ou 5 ans.

Selon le Conseil de Senlis, le sud de l’Afghanistan souffre « d’une crise humanitaire de pauvreté et de famine »… causée par « les politiques militaires Us et britanniques ».

Démontant les rapports occidentaux optimistes, les enquêteurs de Senlis ont trouvé que «les politiques américaines en Afghanistan ont re-crée un paradis sûr pour le terrorisme que l’invasion de 2001 avait pour but de détruire. » Ceci est une bombe.

Les Us et l’OTAN ont insisté sur le fait que tout retrait de leurs forces d’Afghanistan – ou d’Irak – laisserait un vide certainement rempli par des extrémistes. Ces affirmations sont erronées, étant donné que la moitié de l’Afghanistan et un tiers de l’Irak sont déjà largement contrôlés par des forces anti-occidents.

S’il n’y avait pas la toute puissance de l’aviation américaine, les forces armées Us et celles de l’OTAN seraient rapidement chassées de l’Afghanistan et de l’Irak. Si les forces de la résistance afghane et irakienne arrive un jour à obtenir des armes antiaériennes portables efficaces tel que le Stinger Us ou le SA-18 russe, l’occupation de ces nations dirigée par les Us deviendrait intenable. L’occupation soviétique de l’Afghanistan pendant les années 80 a échoué dés lors que les forces des mujahidins ont obtenu le Stringer américain et des missiles antiaériens.

La semaine dernière, les commandants canadiens et britanniques se sont vantés d’être sur le point d’annihiler les forces des Talibans « encerclées » à Panjwai et Zahri. Ils exultaient et ont « estimé » que 500 Talibans avaient déjà été tués.

Une tourmente de bombardements et de pilonnages ont tué beaucoup d’Afghans, mais la plupart des morts « suspectés être des militants talibans » se sont avérés, comme d’habitude, être des civils. L’OTAN n’a pu montré les corps des combattants ennemis morts pour prouver ses affirmations absurdes.

Quand les forces de l’OTAN sont entrées dans Panjwai, après des semaines de bombardements aériens et de pilonnages à l’artillerie, les soit disant talibans « s’étant rendus » avaient disparu. Les commandants britanniques et canadiens embarrassés ont admis « nous avons été surpris, l’ennemi s’était enfui ». Surpris ?

Est ce que personne ne se souvient des missions de recherches et de destructions infructueuses menées pendant la guerre du Vietnam et les données chiffrées gonflées des combattants ennemis tués ? Est-ce que les commandants de l’OTAN savent que chacun de leur mouvement est télégraphié à l’avance aux forces talibans ? Est-ce qu’ils ne voient pas ce qui se passe en Irak actuellement ?

Est-ce que les officiers canadiens qui ont fait des déclarations aussi fantaisistes croient vraiment que les vétérans des guérillas talibans seraient assez stupides pour attendre assis d’être détruits par la puissance aérienne américaine ?

Maintenant, les forces de l’OTAN dirigées par les canadiens exultent en annonçant fièrement avoir finalement occupé Panjwai où les « talibans ont fui » ! ». Est-ce qu’ils ne comprennent pas que les forces de la guérilla ne s’accrochent pas à des positions fixes ? Occuper le terrain n’a pas de sens dans la guérilla.

Semblant immunisé contre les leçons de l’histoire ou celles du bon sens, le Canada envoie quelques centaines de troupes en plus et une poignée de tanks obsolètes en Afghanistan ; la Pologne, elle, qui envoie des troupes n’importe où si elle est payée le juste prix, ajoutera 1000 soldats l’année prochaine.

Les politiciens anglais et canadiens disent qu’ils sont surpris de l’intensification de la résistance des Talibans. Ils n’ont qu’à s’en prendre à leur propre ignorance.

Attaquer les Pashtouns, renommés pour leur xénophobie, leur esprit guerrier, et leur amour de l’indépendance, est une mission de fous. Les Pashtouns sont l’ethnie majoritaire en Afghanistan. Les Talibans sont un rejeton du peuple Pashtoun. La stabilité nationale à long terme est impossible sans leur représentation et leur coopération.

Ce que l’occident appelle « Taliban » est en fait une coalition grandissante de combattants vétérans talibans conduit par le Mollah Dadullah, d’autres clans de guerriers tribaux Pashtoun, et des forces nationalistes de la résistance conduites par Jalalladin Hakkani et l’ancien premier ministre, Gulbadin Hekmatyar, que la CIA a essayé à maintes reprises d’assassiner

Beaucoup des anciens mujahidins étaient appelés autrefois « des combattants de la liberté » par l’occident, et dénoncés comme des « terroristes » par les soviets. Ils représentent la résistance nationale à l’occupation étrangère. En fait, ce que les Us et ses alliés de l’OTAN font en Afghanistan aujourd’hui, est une réplique étonnamment ressemblante de l’occupation brutale soviétique des années 80.

L’agence anti narcotique de l’ONU rapporte que l’Afghanistan fournit actuellement 92% de l’héroïne mondiale. La production * a augmenté de 40% pour la seule année 2005. Qui est responsable ? Les Etats-Unis et l’OTAN. Ils possèdent maintenant un narco-état celui de l’Afghanistan.

Dominer la principale route de l’exportation du pétrole tel était l’objectif premier de l’invasion par les Etats-Unis de l’Afghanistan. Ironiquement, au lieu de bénéficier du bonus pétrole attendu, les Us se retrouvent profondément enlisé dans le commerce de la drogue en Afghanistan.

Washington et l’OTAN ne peuvent pas continuer à prétendre que c’est le problème de quelqu’un d’autre. L’argent de la drogue alimente l’économie afghane et maintient la loyauté des seigneurs de la guerre locaux à l’égard du régime de Kaboul installé par les américains.

Le nord de l’Afghanistan est devenue une sphère d’influence de la Russie et de ses alliés locaux, l’Alliance du nord Uzbek Tajik, dirigée par de célèbres criminels de guerre et des dirigeants du vieux parti communiste afghan.

L’Us et ses alliés ne vont pas gagner la guerre en Afghanistan. Ils auront de la chance s’ils ne la perdent pas de la façon humiliante dont les soviétiques l’ont perdue en 1989.

Ces dernières semaines, un appel presque paniqué lancé par le premier ministre britannique Tony Blair réclamant plus de troupes de l’OTAN pour l’Afghanistan montre que les forces d’occupation occidentales sont sur la défensive, luttant pour conserver leurs bases, face au spectre d’une éventuelle défaite. Juste, en fait, comme n’importer quel envahisseur qui a déjà occupé l’Afghanistan.

Un dernier point. Les forces Us et de l’OTAN ne combattent pas des « terroristes » comme leurs gouvernements le prétendent. Ils combattent le peuple afghan. Dans les années 80, j’ai vu des mudjahidins trop pauvres pour acheter des chaussures portant attachés sur leur dos des obus de mortier d’environ 50 kgs et procéder à l’ascension de montagnes pendant 6-8 heures à travers la neige pour bombarder une base communiste, puis marcher péniblement pour entrer à la maison. Ce sont ces personnes que nous combattons. Quiconque connaît les afghans sait qu’ils ne seront pas vaincus, même s’ils doivent résister le temps de toute une génération.

Eric Margolis 19 septembre 2006
Source : http://www.lewrockwell.com/margolis/margolis50.html

Eric Margolis est un journaliste canadien contribuant à la rubrique de politique étrangère du Sun National Media Canada. Il est l’auteur d’un livre intitulé « War at the Top of The World » ( Guerre au Sommet du Monde).

Son site

Note

La France participe activement à cette guerre d’occupation. Environ 1000 soldats français, dont certains appartiennent aux forces spéciales (quelques 200 sont stationnés près de la frontière avec le Pakistan, deux d’entre ont été tués en mai 2006), d’autres font partie des troupes au sol de l’OTAN (environ 600 soldats français) qui assurent notamment la sécurité à Kabul qui est sous commandement français, et d’autres appartiennent aux forces aériennes. Jusqu’en mai 2006, du porte avion nucléaire Charles De Gaulle stationné alors au large du Pakistan, des missions de reconnaissance aériennes des Super Etendard, Rafale et Hawkeye étaient effectuées en soutien aux interventions au sol. Depuis elles se font à partir du Tadjikistan où sont stationnés des avions français.

La France donc participe activement à l’opération « Enduring Freedom » menée par les américains en Afghanistan contre les talibans au sud du pays. Les photos prises lors de ces vols de reconnaissance sont envoyées ensuite aux forces de la coalition (OTAN, Us).

Il serait temps que les citoyens protestent contre la participation de leurs pays respectifs à cette guerre en Afghanistan, une guerre bien souvent oubliée, et qu’ils réclament le départ de toutes les troupes étrangères d’Afghanistan et le respect du droit du peuple Afghan à disposer de lui-même et le respect de sa souveraineté nationale.

* La culture du pavot qui couvrait 8000 ha en 2001 au début de la guerre s’étend actuellement sur 165 000 ha

Contribution par pays à l'ISAF en Afghanistan

Les contributions des différents pays à la Force internationale d'assistance à la sécurité (ISAF) de l'OTAN en Afghanistan (chiffres fournis par le QG à Kaboul) Source AP 5/10/06

Contribution des pays membres de l'OTAN

Etats-Unis: 12.000 hommes

GB: 5.200

Allemagne: 2.750

Pays-Bas: 2.100

Canada: 1.800

Italie: 1.800

France: 1.000

Roumanie: 750

Espagne: 625

Turquie: 475

Norvège: 350

Danemark: 325

Belgique: 300

Hongrie: 200

Portugal, 180

Grèce: 180

Bulgarie: 150

Lituanie: 135

Rép. tchèque: 100

Estonie: 90

Slovaquie: 60

Slovénie: 50

Lettonie: 35

Islande: 15

Luxembourg: 10

Pologne: 10

Contributions de pays non membres de l'OTAN à la force

Suède: 350

Australie: 200

Croatie: 120

Macédoine: 120

Nouvelle-Zélande: 100

Finlande: 100

Albanie: 30

Azerbaïdjan: 20

Irlande: 10

Autriche: 5

Suisse: 5

Total: environ 31.000 hommes

Le paradis des « aides fantômes »

La majorité des Afghans, après la dispersion des Talibans, était pleine d’espoir et de désir de se mettre au travail. Les bénéfices tangibles de la reconstruction (emplois, maisons, écoles, assistance sanitaire) auraient pu les pousser à soutenir le gouvernement et à transformer une démocratie illusoire en quelque chose de plus réel. Mais la reconstruction n’est pas arrivée. Quand les forces de l’Otan sont parties cet été dans la zone sud, pour « maintenir la paix et continuer le développement », le général David Richards, commandant britannique de l’opération, semble avoir été choqué de découvrir qu’aucun développement, ou très peu, n’avait commencé. De cet échec, les premiers responsables sont les Usa. Jusqu’à cette année, la coalition conduite par les américains a assumé à elle seule la tâche de rétablir les conditions de sécurité hors de Kaboul, mais, sur le terrain, elle n’y a pas consacré un seul homme.

Où a disparu l’argent ?

Un témoignage récent de l’Inspecteur général pour la reconstruction de l’Irak a révélé comment l’Agence étasunienne pour le développement international (Usaid) manipule ses propres comptes pour cacher les coûts gigantesques ajoutés aux projets d’aide par les problèmes de sécurité (on arrive à des majorations de 418%). On peut raisonnablement penser que si nous écoutions l’Inspecteur responsable pour l’Afghanistan, il nous raconterait les mêmes histoires : les entreprises sous contrat pour l’Usaid sont les mêmes. Sans la paix il n’y a pas de sécurité, et sans sécurité il n’y a pas de reconstruction. Mais ce n’est pas tout. Pour comprendre la faillite, et les fraudes, de tels projets de reconstruction, il faut jeter un coup d’œil au système par lequel les Etats-Unis fournissent une aide pour le développement au niveau international. Pendant ces cinq dernières années, les Usa et de nombreux autres donateurs ont envoyé des milliards de dollars en Afghanistan, et pourtant les Afghans continuent à demander : « Où est allé l’argent ? ».

Ceux qui payent leurs impôts, aux Etats-Unis, devraient se poser la même question. La réponse officielle est que les fonds envoyés par des donateurs se perdent dans la corruption afghane. Mais les Afghans un peu louches, habitués à des enveloppes de trois francs six sous, sont en train d’apprendre comment la corruption de haut niveau fonctionne à merveille pour les patrons de ce monde.

Un rapport de juin 2005, très circonstancié, de Action Aid (ONG, plutôt respectée, dont le siège central est à Johannesburg, en Afrique du Sud) nous aide à faire la lumière sur la façon dont ce petit monde fonctionne. Le rapport a étudié les aides au développement fournies par tous les pays sur le globe, et a découvert qu’une petite partie d’entre elles seulement (peut-être 40%) se concrétise.

Les 60% restants sont des « aides fantômes », ce qui signifie que l’argent n’arrivera jamais aux pays à qui il est destiné. Une partie de cet argent n’existe pas vraiment, si ce n’est comme ligne budgétaire, comme par exemple quand les pays comptabilisent l’effacement de la dette ou les coûts de construction d’une belle ambassade toute neuve dans la colonne des aides. Une grande partie de cet argent ne quittera jamais la maison : les mandats de paiement pour les « experts » étasuniens sous contrat de l’Usaid, par exemple, vont directement de l’agence aux banques étasuniennes, sans jamais passer par les « pays qui doivent être reconstruits ». Beaucoup d’argent aussi, conclut le rapport, est jeté en « assistance technique surpayée et inefficace ». Et une autre belle tranche des sous est liée à la nation donatrice, ce qui veut dire que celui qui la reçoit est obligé d’utiliser l’argent pour acheter des produits du pays donateur : surtout quand il pourrait trouver ces mêmes produits chez lui à des coûts passablement plus bas.

Les Usa sont aux plus hauts niveaux dans le classement des « donateurs fantômes », seule la France les dépasse parfois. Pour 47%, l’aide des Usa au développement va à l’ « assistance technique surpayée » ; contre 4% pour l’aide suédoise, et 2% pour l’aide luxembourgeoise ou irlandaise. Et en ce qui concerne l’obligation d’acheter des produits du pays donateur, ni la Suède, ni la Norvège, ni l’Irlande ou le Royaume Uni n’adoptent cette pratique. Et 70% de l’argent étasunien lié aux aides possède cette clause, de devoir y acheter de la marchandise made in Usa, surtout en systèmes d’armement. Si l’on considère ces pratiques, Action Aid calcule que 86 centimes par dollar sont des « aides fantômes ».

Les bonnes propositions de Laura Bush

Le président Bush se vante d’avoir envoyé des milliards de dollars en Afghanistan, mais on aurait de fait obtenu un meilleur résultat en faisant passer un chapeau pour la quête. L’administration étasunienne représente souvent délibérément de façon fausse son programme d’aides à l’usage des populations. L’année dernière, par exemple, pendant que Bush envoyait sa femme à Kaboul pour quelques heures, le temps de faire quelques photos, le New York Times rapportait que la mission de celle-ci était « la promesse d’un engagement à long terme pour l’éducation de femmes et d’enfants ». Dans son discours de Kaboul, Madame Bush déclara que les Usa allaient fournir 17,7 millions de dollars de plus pour aider l’instruction en Afghanistan.

Ce qui s’est passé c’est que les fonds en question ont été utilisés pour construire une université privée, l’Université américaine d’Afghanistan, destinées aux élites afghanes et étasuniennes, dont l’accès est payant : le fait qu’une université privée soit financée par les impôts publics et construite par le corps du Génie de l’armée étasunienne est une autre des particularités des aides dans le style Bush.

En principe, les Etats-Unis préfèrent canaliser l’argent des aides humanitaires vers des adjudicataires étasuniens. L’assistance humanitaire étasunienne est de plus en plus privatisée, et elle n’est désormais qu’un mécanisme pour transférer les dollars de ses impôts aux coffres-forts des entreprises étasuniennes sélectionnées, et aux poches de ceux qui ont déjà de l’argent. En 2001, Andrew Nastios, le directeur de l’époque de l’Usaid, parla des fonds pour l’assistance à l’étranger comme d’un « instrument politique clé», conçu pour aider les autres pays à « devenir de meilleurs marchés pour l’exportation étasunienne ». Pour garantir qu’une telle mission parvienne à bon port, le Département d’état a récemment pris la direction des agences humanitaires qui auparavant, formellement au moins, étaient semi autonomes.

Et puisque le but de l’aide étasunienne est de rendre le monde plus sûr pour les affaires étasuniennes, Usaid se sert d’une liste d’entreprises « favorites » (qui peut légèrement varier selon les résultats électoraux) à qui elle demande de soumettre leurs projets, et n’interpelle parfois qu’un seul adjudicataire ; la même procédure efficiente qui a rendu Halliburton si chanceuse en Irak. Les entreprises présélectionnées stipulent un contrat avec l’Usaid, dit Iqc (soit « pour quantité indéfinies »). Les entreprises présentent des informations vagues sur ce qu’elles pourraient faire dans des zones non mieux spécifiées, se réservant les définitions pour un contrat postérieur. L’entreprise choisie d’une fois sur l’autre sera invitée à matérialiser ses spéculations par l’intermédiaire d’un formulaire Rfp (soit « demande de propositions »), et sera ensuite envoyée dans un pays étranger pour chercher à rendre réel n’importe quel type de travail rêvé par des théoriciens de Washington, très peu écrasés de connaissances de première main sur le malheureux pays en question.

L’autoroute à péage

Les critères de choix des adjudicataires ont peu ou rien à voir avec les conditions du pays qui les reçoit, et ne sont pas exactement ce que vous appelleriez des modèles de transparence. Prenez le cas de la route Kaboul Kandahar, que le site de l’Usaid vante avec orgueil comme un succès. En cinq ans, c’est la seule route qui ait jamais été terminée, ce qui dépasse d’au moins un point le record de l’administration Bush dans la construction des systèmes d’approvisionnement en eau ou des égouts (aucun). En mars 2005, l’autoroute en question apparaît sur le journal Kabul Weekly sous le titre : « Des millions jetés par la fenêtre pour des routes de deuxième choix ». Le journaliste afghan Mirwais Harooni raconte que bien que des entreprises internationales se soient offertes pour la reconstruction de la route au tarif de 250 dollars au kilomètre, les étasuniens de Louis Berger Group avaient obtenu le travail au prix de 700 dollars au kilomètre (il y en a 389). Pourquoi ? La réponse standard étasunienne est que les étasuniens travaillent mieux, bien que ce ne soit pas le cas de l’entreprise Berger qui, à l’époque déjà, était en retard sur un contrat de 665 millions de dollars pour construire des écoles en Afghanistan. Berger Group sous-traita la construction de la petite route à deux voies, sans rambardes de sécurité, à des entreprises turques et indiennes, pour un coût final d’un million de dollars au mile ; et quiconque l’emprunte aujourd’hui peut constater qu’elle est déjà en train de partir en morceaux. L’ancien ministre du plan, Ramazan Bashardost, fit remarquer qu’en matière de routes, les talibans avaient fait un meilleur travail, et posa lui aussi la question fatidique : « Où est allé l’argent ? ». Aujourd’hui, avec un coup qui va certainement provoquer l’effondrement de l’indice de popularité de Karzaï, et portera tort ensuite aux troupes Usa et Otan, l’administration Bush fait pression sur le gouvernement afghan afin que ce « don du peuple des Etats-Unis » (c’est ainsi que la route a été définie) soit transformé en une route à péage : 20 dollars par conducteur avec un droit de passage valable un mois. De cette façon, d’après les experts étasuniens fournisseurs d’assistance technique surpayée, l’Afghanistan pourrait réaliser une entrée annuelle de 30 millions de dollars grâce à la contribution de ses citoyens appauvris, et, en fin de compte, alléger le « poids » de l’aide qui pèse sur les Usa.

ANN JONES

Journaliste et photographe étasunienne, elle a récemment publié le livre Kaboul in winter : life without peace in Afghanistan. Une version plus longue de cet article se trouve sur le site
www.peacereporter.net .

Traduction de l’anglais à l’italien par Maria G. Di Rienzo

Edition de dimanche 10 septembre 2006 de il manifesto
http://www.ilmanifesto.it/quotidiano-archivio/10-Settembre-2006/art40.html

Traduit de la version italienne par Marie-Ange Patrizio


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Samedi 23 Septembre 2006



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