information critique contre l'islam conquerant supremaciste le terrorisme
ASIE

Afghanistan : Moscou Et Téhéran Forcent La Main à Washington

...Au coeur du problème c'est que dans leurs efforts pour ouvrir des voies d'approvisionnement au Nord à travers l'Amu Darya, les US se retrouvent mêler au grand jeu en Asie Centrale. Les porte paroles américains ont affirmé avec insouciance que la Russie et des états d'Asie Centrale mettaient à disposition des voies d'approvisionnement. Mais la géopolitique ne le confirme pas...



Pont dans le défilé de Khyber détruit par la Resistance Afghane
Pont dans le défilé de Khyber détruit par la Resistance Afghane
On peut penser qu'il n'y a rien de commun entre faire sauter un pont dans le Khyber, (Afghanistan ndlt) l'usage d'une base aérienne nichée au pied des collines du Pamirs (Kyrgyzstan ndlt) et le lancement d'un satellite de 37.2 kg en nocturne qui tournera autour de la terre 14 fois par jour.

Mais, assemblés, ces éléments déclenchent l'équivalent politique et diplomatique de ce qui est connu sous le nom de zwischenzug ce qui veut dire en terme de jeu d'échecs, un déplacement intermédiaire qui améliore la position du joueur.

Les Perses, qui ont inventé le jeu d'échecs dominent en ce qui concerne le zwischenzug.

Le porte parole du ministère des affaires étrangères, Hassan Qashqavi, a dit à Téhéran mercredi, " l'Iran n'a pas de plan pour arrêter son activité nucléaire. Lors de la rencontre à venir le comité des "Six sur l'Iran" devrait adopter une approche logique et accepter le fait que l'Iran est un état nucléaire".

Les Talibans ne jouent pas aux échecs

Il est peu probable que les Talibans aient envisagé le zwischenzug imminent de l'Iran quand ils ont fait sauter lundi le pont métallique de 30 m dans le défilé de Khyber à 24 km à l' Ouest de Peshawar dans le Nord Ouest du Pakistan, stoppant l'approvisionnement des troupes de l'OTAN en Afghanistan. Mais la perturbation du trafic montre une nouvelle fois la vulnérabilité de la principale route d'approvisionnement de l'OTAN et concentre l'attention sur l'Iran.

Cela oblige l'OTAN à un important changement de politique. Le commandant en chef des forces de l'OTAN en Afghanistan, le général John Craddock, a admis que l'Alliance ne s'opposerait pas à ce qu'individuellement des états membres s'arrangent avec l'Iran pour approvisionner leurs troupes en Afghanistan. Pour citer Craddock, un général américain 4 étoiles qui est aussi le commandant suprême des forces alliées de l'OTAN, "ce seront des décisions nationales Les nations doivent agir en tenant compte de leurs intérêts nationaux et leur capacité à réapprovisionner leurs troupes. Je pense que la décision est entièrement la leur."

Craddock s'est fait l'écho de ce que le secrétaire général de l'Alliance, Jaap de Hoop Scheffer, avait dit il y a seulement une semaine que les pays membres de l'OTAN, inclus les US, devraient engager la discussion avec l'Iran pour qu'ils combattent les Talibans en Afghanistan.

Scheffer n'aurait pas parlé sans l'aval de Washington. Craddock n'a fait que le confirmer. L'OTAN souhaite utiliser la nouvelle autoroute construite par le gouvernement indien qui relie le centre de l'Afghanistan à la frontière iranienne à Zaranj, ce qui permettrait d'avoir accès au port en eau profonde de Chabahar dans le Golfe Persique. L'autoroute est peu utilisée. Les Indiens ont achevé sa construction il y a à peine quinze jours.

L'OTAN est pressée. Elle doit réduire d'une certaine façon sa dépendance aux voies d'approvisionnement via le Pakistan, utilisées pour acheminer en gros 80% du ravitaillement. Les observateurs ne peuvent que constater l'ironie de la situation. L'OTAN cherche une voie via l'Iran alors que Téhéran demande un retrait des troupes US d'Afghanistan.

Jeudi dernier, le ministre des affaires étrangères iranien, Manouchehr Mottaks, a fait remarquer que l'Iran avait prêté attention aux plans de l'administration du Président Barak Obama de retirer des troupes US d'Irak et "nous pensons que cela devrait de même s'étendre à l'Afghanistan".

L'ironie s'est accentuée lorsqu'il il a une quinzaine de jours le secrétaire à la défense US, Robert Gate, lors de son premier témoignage devant le Congrès en tant que membre de la nouvelle Administration, a mentionné une augmentation de "l'interférence" de l'Iran en Afghanistan et un double langage, et sous entendu que l'Iran exacerbait l'insurrection.


Le zwischenzug de la Russie

Au coeur du problème c'est que dans leurs efforts pour ouvrir des voies d'approvisionnement au Nord à travers l'Amu Darya, les US se retrouvent mêler au grand jeu en Asie Centrale. Les porte paroles américains ont affirmé avec insouciance que la Russie et des états d'Asie Centrale mettaient à disposition des voies d'approvisionnement. Mais la géopolitique ne le confirme pas.

Le Président du Kyrgyzstan, Kurmanbek Bakiyev, a lancé une bombe mardi en demandant la fermeture de la base militaire US à Manas, utilisée pour convoyer du ravitaillement en Afghanistan. Il a dit cela après des discussions avec le Président russe, Dmitry Medvedev, au cours desquelles Moscou s'est engagé à annuler la dette de 180 millions de $ de Bishkek, et à prêter également 2 milliards de $, avançant dans l'immédiat 150 millions de $.

L'envoyé de l'OTAN en Asie Centrale, Robert Simmons, s'est précipité à Bishek dans un dernier effort pour essayer d'empêcher la décision Kyrgyz, mais en vain, et a admis que cela aurait un impact négatif sur les opérations de l'OTAN en Afghanistan. Washington espère encore sauver la situation, mais cela implique faire appel à l'aide de Moscou.

Moscou est partant comme toujours - à condition que les US ( et l'OTAN) soient prêts à ranger au placard leur agenda géopolitique mal venu d'étendre et d'approfondir leur présence stratégique en Asie Centrale sous prétexte de développer de nouvelles voies d'approvisionnement pour l'Afghanistan. Simplement dit, Moscou est irrité par la diplomatie abrasive de Washington ces dernières semaines en Asie Centrale.

Les US ont signé un accord avec le Kazakhstan, un allié clé de la Russie, offrant de fournir "une part significative " de leurs approvisionnements pour l'Afghanistan à ce pays qui en retour devrait fournir des troupes pour l'Afghanistan. C'est compréhensible que Moscou (et Beijing) voient avec inquiétude le rapprochement des US avec leur allié clé du SCO (Shangai Security Coopération Organisation) et du CSTO (Collective Security Traity Organisation) devenir un satellite stratégique de l'Occident. De même, Le zwischenzug de Moscou pour évincer l'armée US du Kyrgyzstan bénéficierait, c'est sûr, de l'encouragement des Chinois.


Nyet à un engagment selectif

Washington préfère un "engagement sélectif" sans considérer les facteurs sousjascents qui ont causé un froid dans les relations. Le Kremlin reste prudemment optimiste quant à la possibilité qu' Obama aborde les relations US Russie dans une nouvelle perspective. Cela se reflète dans un commentaire piquant fait par Gorbatchev que " jusqu'à présent il y a des raisons d'être optimiste".

Mais un sentiment sousjascent d'exaspération est visible. Comme l'a dit un commentateur de Moscou, l'époque de G.W. Bush est peut être terminée, mais les "conséquences sont encore présentes". Obama a peut être de nouvelles idées, mais les "vieux qui tirent les ficelles" sont toujours là au sein de l'Administration dans des postes clés, et par conséquent, Obama aura peut être besoin d'années plutôt que de mois pour façonner une nouvelle politique étrangère.

Donc Moscou a eu recours au zwischenzug. Samedi dernier, le journal influent de Moscou, Nezavisimaya Gazeta, a rapporté que la Russie a proposé de réouvrir la base aérienne clé de l'aire soviétique à Bombora sur la côte d'Abkhasie dans la Mer Noire. Mardi, la Russie a signé un accord avec la Biélorussie pour la mise en place d'un système de défense aérien intégré. Mercredi, Medvedev a utilisé le forum de CSTO pour rappeler qu'il était ouvert à une coopération avec les US dans la lutte contre le terrorisme en Afghanistan.

De même, lors de commentaires en lien avec cela, faits mercredi par le vice ministre des affaires étrangères russes, Frigory Karasin, celui-ci a dit : " nous espérons que nous aurons avec les US des discussions spéciales et professionnelles sur ce sujet ( des voies de transit pour l'Afghanistan) dans le futur proche. Nous verrons comment nous pouvons coopérer efficacement... Les US, l'Asie Centrale, La Chine - nous avons tous intérêt à ce que l'opération anti -terroriste en Afghanistan réussisse." Karasin a assuré que l'éviction de Manas des US ne " s'avérerait pas être une obstruction".

En somme, la balle est dans le camp d'Obama. La grande question c'est de savoir s'il peut écraser les partisans de la ligne dure et se défaire du lourd bagage géopolitique que sa guerre afghane en perte de vitesse porte inutilement.

Pendant ce temps, l'ombre des relations US-Russie tombe sur l'Hindou - Kush. Les médias russes ont rapporté qu'une délégation militaire de haut niveau est attendue à Moscou dans le "futur proche". Alors qu'il y a une forte possibilité qu'Obama retire son soutien au Président afghan, Hamid Karzai, Moscou va peser ses options.

Les US sont perchés au dessus d'une pente glissante en Afghanistan. La résurgence des Talibans continue et la situation sécuritaire se détériore, mais l'OTAN est incapable d'augmenter le niveau de ses troupes ou d'évoluer vers une stratégie efficace. Les voies d'approvisionnement de l'OTAN ont été menacées, mais des routes alternatives doivent encore être négociées. Le fossé entre les US et Karzai s'élargit, mais catapulter un remplaçant à Kaboul n'est jamais chose facile. De nouveau, Washington devrait faire pression sur Islamabad, mais la situation au Pakistan est bien trop fragile pour supporter plus de pression.

C'est avec cet arrière plan complexe que lundi le satellite de l'Iran a été lancé dans le ciel d'une nuit constellée d'étoiles. Appelé, Espoir, son lancement a un effet démultiplicateur géopolitique. Des sonnettes d'alarme retentissent dans les capitales occidentales, compte tenu de la faible chance que l'Iran baisse la garde. Le lancement peut être vu comme une prouesse technologique, ce qu'il est effectivement. Mais l' Espoir a envoyé un signal sérieux sur les capacités militaires de l'Iran.

Les experts estiment que la fusée à deux étages utilisée pour le lancement pourrait facilement transporter une petite tête nucléaire jusqu'à une cible située à 2500 Km. Ce n'est peut être pas un missile balistique intercontinental, mais le Sud de l'Europe est à sa portée, de même que tout le territoire d'Israël. Simplement dit, l'Iran a en main une dissuasion crédible contre une attaque militaire US-Israël.

L'attaché de presse de la Maison Blanche, Robert Gibbs, a décrit le lancement comme une "sérieuse préoccupation pour cette Administration". Le ministre des affaires étrangères allemand, Frank-Walter Steinmeir, a dit après sa première rencontre avec la secrétaire d'état US, Hillary Clinton, " nous voulons aider en faisant en sorte que la main tendue par le Président Obama soit une main forte". Ce sont là des mots forts, pas de doute.

Mais un mot allemand est bien plus approprié - zugzwang. Littéralement, cela veut dire " obligé de bouger". C'est à dire quand une situation se développe sur l'échiquier, que le joueur n'a d'autre possibilité que de bouger bien que cela affaiblisse sa position, mais qu'il doit néanmoins le faire.

C'est peut être trop s'avancer que de dire que Moscou et Téhéran ont coordonné leur zwischenzug respectifs, mais c'est sûr que les deux attendent ardemment le zugzwang de Washington.

M.K. Bhadrakumar 06/02/09- Copyright www.atimes.com

L'ambassadeur M.K. Bhadrakumar a été diplomate de carrière au sein du ministère des affaires étrangères indien. Il a été en poste notamment en Union Soviétique, en Corée du sud, au Shri Lanka, en Allemagne, Afghanistan, Pakistan, Uzbekistan, Koweït et Turquie.


Jeudi 5 Février 2009
Traduction Mireille Delamarre



Dans la même rubrique :
1 2

Humour Les Folles D'Allah | Terrorisme Islamo-fascisme | International | Immigration clandestine | France XXI | Communautarisme Islamisation racialisation | Europe | Empire USioniste du Chaos | LIBERTE D'EXPRESSION D'INFORMATION | COLONIALISME JUDEO SIONISTE | GUERRE DE L'INFORMATION | Propagande | DICTATURE UE | PALESTINE | FRANCE | MONDE ARABE | ASIE | archives Armement Sécurité Stratégies Militaires | archives Droit International ONU | archives histoire traditions 2004-2008 | archives sciences écologie 2004-2008 | archives société 2004-2008 | archives culture | archives ressources educatives | archives informations 1 | archives informations 2