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Affaire pétrole contre nourriture - Résistance irakienne - Militantisme

Interview de Gilles Munier des amitiés franco irakiennes accordé au Quotidien d’Oran. "Dès août 1991, j’ai relancé mes activités militantes en Irak. J’ai organisé des missions de militants anti-embargo dans tout le pays, des visites de journalistes, d’intellectuels et de personnalités politiques. J’ai incité des chefs d’entreprises inquiets à reprendre contact avec leurs partenaires, malgré le chantage des Américains qui menaçaient de leur fermer les portes du marché US. J’ai aussi livré des médicaments interdits, notamment ceux réservés aux cardiaques. Avec d’autres associations françaises et étrangères, nous avons été parmi les premiers à informer l’opinion publique de la tragédie du peuple irakien, du génocide qui s’annonçait." Gilles Munier est inculpé et en liberté sous caution pour avoir aider le peuple irakien sous embargo. Interview suivi d'appel du comité de soutien à Gilles Munier.






Affaire pétrole contre nourriture - Résistance - Militantisme

Affaire pétrole contre nourriture - Résistance irakienne - Militantisme
Le Quotidien d’Oran : Comme en témoigne, votre ouvrage "le Guide de l’Irak" (*), Gilles Munier, vous êtes un fin connaisseur de l’Irak. Pourquoi un tel ouvrage ? Comment votre relation avec ce pays a-t-elle pris naissance ?

Gilles Munier : En trente ans, j’ai effectué environ 150 voyages en Irak. J’ai eu la chance de visiter les moindres recoins du pays. L’histoire de la Mésopotamie m’a toujours passionné tant à l’époque antique qu’après sa conversion à l’islam. Je me suis entretenu avec ses dirigeants et avec les représentants de ses communautés religieuses ou ethniques. Mon "Guide de l’Irak" est une invitation au voyage dans le temps. Dix mille ans d’histoire, ce n’est pas rien. Mon livre est en fait un guide politiquement incorrect.

Le combat mené par mon père qui a soutenu activement le FLN pendant la guerre d’Algérie a sans aucun doute eu une grande influence sur mes engagements futurs. Tout a commencé quand il a été expulsé d’Algérie par François Mitterrand, alors ministre de l’Intérieur, pour être monté symboliquement 8 jours dans le maquis du Colonel Amirouche…

Mon intérêt pour l’Irak, l’islam et le nationalisme arabe, lui, remonte aux années 62-64. Je vivais alors à Alger, où j’étais le seul interne français au Lycée El-Mokrani. Le soir, avec mes camarades, nous parlions de Palestine occupée, de Nasser, de liberté. Le Lycée El-Mokrani a été pour moi l’école de militantisme.

A Alger, ma rencontre avec le martyr Abou Djihad qui représentait le Fatah, m’a très fortement influencé. J’ai interviewé Ahmed Choukeiri, alors président de l’OLP, et j’ai fait la connaissance de Malek Bennabi qui avait une tribune régulière dans Révolution Africaine. Il m’a ouvert le coeur au "phénomène islamique" pour reprendre le titre d’un de ses ouvrages. Je suis ensuite entré dans le gaullisme, mais par la "porte arabe", avec la conférence de presse du Général condamnant l’agression de juin 1967 et appelant au boycott des armes à destination d’Israël.

Quand je suis revenu en France, fin 1970, je me suis tout naturellement dirigé vers l’Association de Solidarité Franco-Arabe qui militait pour la politique arabe de la France. C’est cette association, dont je fus un temps permanent, qui m’a permis d’effectuer mes premiers voyages en Irak.

Q.O : Au cours des 13 années de l’embargo international qui a tué plus d’un million d’Irakiens vous avez mené de nombreuses opérations à caractère humanitaire et d’information. Pouvez vous nous retracer votre activité en Irak ?

G.M : L’embargo n’était pas seulement économique et culturel, il était aussi relationnel. La France et l’Irak n’avaient plus de relations diplomatiques et le Quai d’Orsay déconseillait d’aller à Bagdad. Certains croyaient que le régime allait s’effondrer comme un château de carte d’une semaine à l’autre.

Dès août 1991, j’ai relancé mes activités militantes en Irak. J’ai organisé des missions de militants anti-embargo dans tout le pays, des visites de journalistes, d’intellectuels et de personnalités politiques. J’ai incité des chefs d’entreprises inquiets à reprendre contact avec leurs partenaires, malgré le chantage des Américains qui menaçaient de leur fermer les portes du marché US. J’ai aussi livré des médicaments interdits, notamment ceux réservés aux cardiaques. Avec d’autres associations françaises et étrangères, nous avons été parmi les premiers à informer l’opinion publique de la tragédie du peuple irakien, du génocide qui s’annonçait.

Q.O : En 2002 et 2003, vous avez été un acteur important de la campagne contre la guerre. Quelles ont été vos motivations et vos actions ?

G.M : Mes motivations principales sont mon aversion pour l’injustice et pour le colonialisme sous toutes ses formes. Derrière cette guerre, il y a le vieux projet israélien de redessiner la carte du monde arabe en une multitude d’Etats à caractère ethnique ou confessionnel. Cela s’appelle aujourd’hui le plan "Grand Moyen-Orient". Après l’Irak, ce sont la Syrie et l’Iran qui sont visés. Demain, ce sera peut être l’Egypte, la Libye ou l’Algérie.

Q.O : Depuis l’invasion et l’occupation de l’Irak, vous continuer à oeuvrer sur la question irakienne. Que pensez de la situation qui prévaut en Irak depuis 2003 ?

G.M : Pour moi, soutenir la résistance irakienne va de soi. J’en ai pris la décision et l’engagement bien avant la chute de Bagdad. Il ne faut pas se faire d’illusion, la partie n’est pas gagnée d’avance. Si les Américains et leurs alliés israéliens parviennent à leur fin, le pays sombrera dans la guerre civile. Qu’en sortira-t-il ? A terme, je n’en doute pas, un Irak indépendant. En deux ans et demi, la résistance a fait la preuve de sa représentativité et de son efficacité. Les Américains doivent s’attendre à de lourdes pertes et peut être à des opérations sur leur territoire, comme le FLN l’avait fait en France. En attendant, il faut que ceux qui soutiennent la résistance s’organisent pour tenir 10 ans sans faiblir. Je me suis préparé en conséquence et ne suis heureusement pas le seul. Malgré les ennuis qui nous guettent, je suis persuadé que nos rangs grossiront.

Q.O : Qui sont les résistants irakiens ?

G.M : Ce sont tous les hommes et toutes les femmes qui veulent que leur pays soit indépendant, c'est-à-dire l’écrasante majorité du peuple irakien. L’appartenance religieuse ou ethnique des uns ou des autres n’a aucune importance. Ils sont d’abord Irakiens. Cela dit, Saddam Hussein a eu 13 ans pour former politiquement et entraîner une génération au combat. Il y a des caches d’armes disséminées dans tout le pays et des moyens financiers en lieux sûrs. L’armée irakienne, dont les officiers et les soldats ont étés licenciés par les Américains, apporte son expérience. Bush et les néo-conservateurs se trompent de siècle, le colonialisme n’est plus d’époque. Les Américains partiront. Pour eux ce sera pire qu’à Saigon.

Q.O : Lors des enlèvements de plusieurs journalistes français en Irak, vous avez faits un certain nombre de déclarations pour éclairer les raisons de ces rapts. Quels étaient les buts des auteurs de ces kidnappings ?

G.M : Il y a des groupes qui se réclament de la résistance et qui ont parfois un comportement irresponsable. Quand c’est le cas, c’est à cette dernière de faire le ménage dans ses rangs. Enlever des journalistes français est un bon moyen de faire chanter un pays qui s’est opposé à la guerre. C’est contre productif. Mais qui que ce soit, la question est de savoir ce qui a été demandé en échange. Sinon, la plupart des actes de kidnapping et le terrorisme sauvage sont l’œuvre des services secrets américains et britanniques. Ces derniers mois, j’ai eu des entretiens avec des membres de la résistance. Ils pensent tous que Zarqaoui est mort depuis longtemps. Dernièrement, l’arrestation à Bassora de deux SAS anglais qui s’apprêtaient à commettre des attentats prouve que les bombes contre les chiites ou les sunnites font partie d’une stratégie de la tension concoctée par les Etats major anglo-saxons.

Q.O : Depuis quelques mois, encore plus depuis quelques semaines, vous êtes sur le devant de la scène irakienne. La commission onusienne Volcker vous a entendu au sujet du scandale dit pétrole contre nourriture. La police française vous a placé en garde à vue pendant près de 60 heures ? Est-il vrai que vous avez détourné des fonds du programme "Pétrole contre nourriture"?

G.M : Je n’ai rien détourné du tout. Une entreprise pétrolière française que j’ai introduit en Irak a apporté en échange une aide financière à mes activités. Cette contribution a été ponctionnée sur ses bénéfices. D’ailleurs, elle ne pouvait pas faire autrement : le prix du pétrole irakien était fixé par les Américains, et le montant de sa vente était gelé sur un compte bancaire de la BNP à New York auquel le gouvernement irakien ne pouvait pas touché. Les seuls "détournements de fonds", ont été effectués par l’ONU pour payer les salaires des agents de la CIA et du MI6 britannique qui espionnaient l’Irak sous couvert de recherche d’armes de destruction massive, la surveillance aérienne et ses bombardements soi disant ciblés incessants, et aussi les dettes de guerre réclamées par le Koweït. Ce sont eux qui "suçaient le sang des Irakiens".

Pour financer la lutte pour la levée de l’embargo, pour empêcher la guerre, les dirigeants irakiens avaient décidé de "taxer" plus de 4000 sociétés qui commerçaient avec leur pays. Une sorte d’impôt révolutionnaire que les chefs d’entreprises n’acceptaient pas de gaîté de cœur, car c’était autant de moins dans leur poche !

Après une audition par des enquêteurs de la Commission Volcker venus de New York, j’ai été placé en garde à vue, interrogé pendant 3 jours, jeté au dépôt avec des droits communs et transbahuté dans Paris menotté dans le dos comme un vulgaire bandit… Je me plains, mais mon sort n’est rien en comparaison avec les témoignages des Irakiens sortis des camps américains. J’ai été mis en examen et suis en liberté sous caution. J’ai 80 000 euros à payer, sinon c’est la prison. Ce n’est pas rien ! Au fond, il s’agit d’une double peine. Je suis condamné avant d’être jugé pour avoir violé l’embargo imposé à l’Irak. Comme pour moi ces sanctions étaient illégales et génocidaires, comme les spécialistes savaient depuis longtemps qu’il n’y avait pas d’armes de destruction massive, il n’y avait pas d’autre solution que de contourner l’embargo pour alléger les souffrances du peuple irakien. Je suis fier d’y avoir contribué.

Q.O : Comment expliquez vous la survenue de ce scandale ? Par quels moyens les informations vous concernant, ainsi que d’autres personnes sont-elles apparues publiquement?

GM : A l’origine de ce "scandale", il y a le renseignement militaire israélien, Ahmed Chalabi et ses supporters néo-conservateurs. La liste des 270 personnalités qui auraient reçu des "coupons de pétrole de Saddam" a été fabriquée sur la base de ragots, de faux et de documents plus ou moins bien reconstitués. Ils ont repris la liste des participants à la Conférence de Bagdad que présidait Tarek Aziz tous les 6 mois. Le journal Al Mada qui a publié le "scoop" a pour propriétaire l’homme qui avait lancé l’affaire des bébés-éprouvettes en 1991, un mensonge fabriqué par la CIA pour faire voter la guerre par le Congrès US.

Certaines personnes ou organisations n’ont rien à voir avec le scandale du programme "pétrole contre nourriture". Elles sont dans la liste. D’autres pourraient y être et n’y sont pas. C’est du terrorisme intellectuel, on veut faire taire tous ceux qui ont milité contre l’embargo ou contre la guerre et qui pourraient soutenir la résistance. Pour leur enfoncer la tête sous l’eau, on tente de les diffamer, on leur intente des procès pour les ruiner.

Q.O : Au moment même où le procès du Président Saddam Hussein va s'ouvrir, vous vous retrouvez vous même devant un juge. Que vous inspire une telle concomitance de date?

G.M : Je ne crois pas au hasard, ou alors il fait bien les choses… La plupart des 270 personnalités qui ont soi-disant reçu des "coupons de pétrole de Saddam" passent leur temps à se justifier de délits qu’ils n’ont pas commis ou à se débattre dans des problèmes juridiques. Les Américains et les Israéliens ont gagné une manche, pas la guerre, bien sûr.

Karim Lakjaa 2 novembre 2005 - Copyright son auteur/le Quotidien d'Oran

(*) Le "Guide de l’Irak" a été publié chez Jean Picollec Editeur en 2000. Il a été réactualisé en 2004 pour sa version américaine parue sous le titre et de Iraq, an illustrated history".


Gilles Munier est sécrétaire général des amitiés franco irakiennes
[site]url:

Appel du comité de soutien à Gilles Munier

Aujourd’hui, pour avoir combattu l’embargo et condamné une agression désavouée par les Nations Unies, des Français de bonne foi se voient humiliés et traînés devant les tribunaux.

Le comité que nous constituons pour soutenir Gilles Munier lance un appel à tous ceux qui en France, en Europe, dans les pays arabes et dans le monde, militent pour la justice et soutiennent la résistance du peuple irakien. Il leur demande de faire de son procès celui de l’embargo, celui de l’agression contre l’Irak, et celui du dangereux projet américain de " Grand Moyen-Orient".

Gilles Munier a servi la cause des Droits de l’Homme en Irak. Il sert maintenant celle du Droit, et le respect de la légalité dans sa soumission à la loi morale.

PREMIERS SIGNATAIRES (11 novembre 2005) :

Georges Labica (Philosophe) - Philippe de Saint Robert (Ecrivain) - Jacques Gaillot (Evêque) -Claude Gaucherand (Contre-Amiral en 2ème Section, ancien président de l’Institut Charles de Gaulle) - Marc Bourreau d’Argonne (Cinéaste) – Sliman Doggui (Neurologue) – Pierre Gallois (Général – cr) – Père Michel Lelong – Yves Vargas (Philosophe – Fondateur de l’Appel franco-arabe) – Michel Debray (Amiral en 2ème Section) – Amaury Couderc (ex élu régional) – Maurice Cannet (Général – cr) – Roshdi Rashed (Directeur de recherche émérite au CNRS, Professeur honoraire à l'Université de Tokyo, Vice-Président de l'Académie Internationale d'Histoire des Sciences) - Alain Corvez (Colonel - e.r)

Copié collé et envoyer par mail ou courrier postal

J’apporte mon soutien à Gilles Munier pour faire de son procès celui de l’embargo et de l’agression contre l’Irak

Nom : Prénom :

Fonction (facultatif) :

Adresse : Courriel :

Date et signature :



Pour permettre aux Amitiés franco-irakiennes et à Gilles Munier de poursuivre leurs activités, je verse la somme de (facultatif) :

(Chèque à l’ordre de : AFI – Comité de soutien G. Munier)

Courriel

Adresse provisoire : c/o Gilles Munier, 7 rue de Sarzeau, 35700 Rennes

Maître Verges assure la défense de Gilles Munier.











Mercredi 16 Novembre 2005
Karim Lakjaa

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