Impérialisme Américain

Affaiblissement des Relations US – Arabie Saoudite

La relation privilégiée qui existe depuis des décennies entre les US et l'Arabie Saoudite n'est plus au beau fixe.



Affaiblissement des Relations US – Arabie Saoudite

Affaiblissement des Relations US – Arabie Saoudite

Pendant des décennies l'Arabie Saoudite a oeuvré de concert avec son principal client, les Etats-Unis, pour maintenir les marchés pétroliers stables et faire avancer des objectifs politiques communs.

Mais la flambée du prix du pétrole, atteignant un record de 139 $ le baril la semaine dernière, semble annoncer que cette époque est révolue. De nouvelles forces sont en jeu, notamment la faiblesse du dollar, et la demande croissante des pays asiatiques en pétrole. Récemment, la Maison Blanche a essayé vainement d'obtenir des Saoudiens qu'ils augmentent leur production de pétrole. Bush en personne s'est déplacé en Mai pour aller supplier, en vain, le roi d'Arabie Saoudite d'augmenter sa production. Le Congrès américain a menacé de prendre des mesures de représailles. Mais l'économie des US ne domine plus le marché pétrolier. « Cela nous (pays asiatiques) donne du poids » a fait remarqué un analyste pétrolier, Greg Priddy, travaillant pour Eurasia Group une société chargée d'évaluer les risques.

Dans les années 80, c'est grâce au lien US- Saoudiens que les cours du pétrole ont été maintenus à niveau bas, ceci pour affaiblir l'Union Soviétique vers la fin de la Guerre Froide. C'est ce qui avait aussi permis de maintenir la stabilité des marchés après l'invasion du Koweït par l'Irak en 1990.

Mais le gouvernement Saoudien est consterné par les conséquences de la guerre en Irak et par la faiblesse de l'Administration Bush pour aider à résoudre le conflit israélo palestinien.

Les US restent les plus gros consommateurs de pétrole avec 20 millions de barils par jour, même si cette consommation a diminué, passant d'un tiers de la production journalière à un quart. La Chine et d'autres pays asiatiques utilisent actuellement 17 millions de barils par jour, une augmentation de 20% depuis 2003, avec une croissance toujours en hausse pur ces pays.

Les Saoudiens sollicités, cultivent leurs relations d'affaires avec d'importants clients chinois, dans le cadre d'un rapprochement entre les deux pays. Le roi Abdallah a fait une visite en Chine récemment, et son pays a fait une donation de 50 millions de $ pour venir en aide aux Chinois sinistrés lors du dernier tremblement de terre. Les relations se développent rapidement et la Chine est en passe de devenir un plus gros client pour l'Arabie Saoudite que les USA, ce qui lui conférerait plus de poids que Washington auprès de celle-ci.

Pendant des années, les Saoudiens ont aidé les Américains en jouant le rôle de modérateur au sein de l'OPEC pour fixer les prix du pétrole. Ils ont accepté d'augmenter légèrement la production craignant que des prix élevés puissent inciter les US et d'autres pays à chercher des solutions alternatives en matière d'énergie, ou que la consommation ne diminue, comme cela est arrivé dans les années 80, en réaction au choc pétrolier des années 70.

Mais certains experts pensent que les Saoudiens sont devenus de plus en plus soucieux de conserver leurs réserves pour les générations à venir, sachant d'autre part que même si la consommation aux US chutait, la Chine et l'Inde prendraient le relais. Dés la fin 2007, les Saoudiens se sont également rendu compte qu'ils ne pouvaient pas influer sur les prix en augmentant la production, alors que des producteurs clés comme l'Irak, l'Iran et le Venezuela n'allaient pas dans ce sens.

L'affaiblissement des liens économiques entre les US et l'Arabie Saoudite s'est traduit par une prise de distance des Saoudiens vis-à-vis des politiques menées par Washington. Alors que l'Administration Bush a essayé de créer une coalition des états du Golfe Persique pour contrer l'Iran, les responsables saoudiens sont devenus de plus en plus sceptiques sur une alliance sécuritaire avec les US, constatant que l'invasion de l'Irak avait contribué à affaiblir la sécurité de leur pays.

Des sénateurs US ont fait différentes propositions pour faire pression sur les Saoudiens pour qu'ils accroissent leur production. L'une d'entres elles, faite par des Démocrates, menace de suspendre un accord pour la vente d'armes d'un montant de 1.4 billions $. Un sénateur Républicain siégeant au Comité des Affaires Etrangères, Donald Manzullo, a même traité l'Arabie Saoudite et les autres membres de l'OPEC de « bandits ».

L'Arabie Saoudite vient de proposer une réunion des pays producteurs et consommateurs de pétrole pour réfléchir à un moyen d'endiguer la hausse du prix du baril, qui selon certains experts, va continuer. Bush a répondu qu'il n'y participerait pas, laissant sous entendre par là qu'elle ne se ferait pas au niveau de chefs d'état, peut être une façon pour lui de faire payer aux Saoudiens leur fin de non recevoir de mai dernier.

Effectivement, les relations US -Arabie Saoudite ne sont plus au beau fixe.

Source de certaines informations le Los Angeles Times du 08/06/08

Actualisation 20/06/08

Selon l'Agence de Presse iranienne FARS du 19/06/08, le ministre saoudien des affaires étrangères, le Prince Saud al-Faisal, a dénoncé la politique occidentale du deux poids deux mesures concernant le nucléaire iranien. Lors d'une rencontre avec l'ambassadeur iranien, Mohammad Hosseini, dans la capitale saoudienne, Riyadh, il a demandé à la communauté internationale de s'interesser de plus près aux activités nucléaires d'Israël et à la menace posée par le fait qu'Israël possède des Armes de Destruction Massive. Selon une autre Agence de Presse iranienne, IRNA, le ministre des affaires étrangères a appelé à renforcer les liens entre l'Iran et son pays. Il a mis l'accent sur le fait que le développement des relations entre Téhéran et Riyadh aurait un impact important sur le monde islamique, ajoutant que des consultations régulières entre les deux pays seraient bénéfiques pour toute la région. L'ambasadeur iranien pour sa part a fait remarqué que le début d'un règlement de la crise au Liban est une indication que les états de la région avaient la capacité de résoudre eux-mêmes leurs propres problèmes sans intervention extérieure.

Rapprochement dans les relations Iran Monde Arabe



Mercredi 11 Juin 2008
Mireille Delamarre

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