Traduction d’extraits d’un article d’Avner Cohen paru sous l’intitulé
« Going for the nuclear option « paru sur Haarezt le 22/05/07 www.haaretz.com qui examine la dimension nucléaire de la Guerre des Six Jours de 1967.
… A la veille de la guerre des six jours, tandis qu’Israël préparait des milliers de tombes pour les victimes escomptées, Israël a accompli une percée majeure dans son programme nucléaire. Jusqu’à aujourd’hui, cela est dissimulé sous le voile de l’ambiguïté, du secret, et du tabou….
De nombreuses études publiées récemment sur la guerre des six jours laissent entendre que la dimension nucléaire d’ Israël a joué un rôle important mais un rôle caché, dans les évènements qui ont conduit à la guerre, mais aucun des livres ne s’est concentré sur cet aspect. Des couches d’ambiguïté, de secret et de tabou en plus de la censure ont empêché l’histoire de voir le jour.
Dans mon livre
« Israël et la Bombe » (1999) j’ai essayé d’examiner la place cruciale de la guerre des six jours dans l’histoire nucléaire israélienne. Me basant sur des commentaires dans des publications israéliennes et étrangères, ajouté aussi à cela du matériel documentaire, j’ai suggéré que c’était à la veille de la guerre qu’Israël avait réalisé son option nucléaire. Ici, je vais actualiser cette recherche. Il faut noter qu’en l’absence de document officiel autorisé israélien, toutes les estimations et conclusions fournies ici sont seulement miennes.
Selon toutes les estimations, Israël avait pratiquement complété l’étape portant sur la recherche et le développement de son plan nucléaire pendant l’année qui a précédé la Guerre des Six Jours. Les principaux partenaires participant au plan de développement avaient agi chacun de son côté à la fois sur le plan organisationnel et technologique, mais maintenant ils s’approchaient du point de convergence. Pour superviser la coordination de leur travail, mi 1966, la Commission à l’Energie Atomique a été reconstituée comme Administration responsable pour s’occuper des activités nucléaires sous la direction du professeur Israël Dostrovsky de l’Institut Weizman. Le premier ministre Levi Eshkol a décidé qu’il présiderait lui-même le Comité et porterait la responsabilité ministérielle pour cette tâche sensible…
…Dans son livre
« Eshkol Donne l’Ordre ! » (2004), Ami Gluska utilisant des documents de l’armée israélienne au niveau le plus élevé, a révélé les préoccupations existantes au sommet de l’armée et du politique pendant les deux années précédant la Guerre des Six Jours, sur une réponse militaire égyptienne à la nucléarisation d’Israël. La direction de l’armée et les échelons du gouvernement estimaient que l’installation nucléaire de Dimona constituait une cible principale d’une attaque surprise égyptienne, spécialement si et quand l’Egypte croyait qu’Israël se rapprochait de la production d’une arme nucléaire. De telles inquiétudes sont devenues centrales alors qu’Israël progressait dans son activité nucléaire.
Ainsi, Gluska a décrit comment, lors d’une rencontre de l’état major, vers la fin de 1965, le chef d’Etat Major Yitzak Rabin a dit :
« si les égyptiens bombardent Dimona et que nous voulons entrer en guerre, nous aurons un ultimatum du monde entier. » Bien que l’implication militaire de l’Egypte au Yemen, ait, selon une estimation du renseignement militaire, réduit les chances d’une guerre totale avec l’Egypte, au début de 1966, les chefs des renseignements militaires ont envisagé une attaque ciblée égyptienne sur Dimona non pas comme possible mais comme probable.
Plusieurs mois plus tard, en octobre 1966, Rabin a utilisé Dimona dans ses arguments pour dire pourquoi l’armée israélienne devait pratiquer la restreinte face aux provocations syriennes. I[« Il y a un objet dans le sud du pays qui est un objet idéal pour une réponse limitée (de la part de l’Egypte) et pour cela, elle bénéficierait du soutien total du monde entier. Les ministres du gouvernement pensent que l’Egypte ne peut déplacer ses troupes (dans le Sinaï ou en Syrie) mais s’occuper de Dimona, cela ne compte pas comme une guerre. Ce serait une action limitée. »]i Gluska note que la crainte en ce qui concerne Dimona a été traduite par une demande explicite de l’échelon politique de ne pas augmenter les activités contre la Syrie comme l’armée le demandait.
Il y a d’autres indications liées à l’inquiétude concernant Dimona. 1 an et demi avant la Guerre des Six Jours, le chef du Mossad Meir Amit a consacré d’importants efforts pour examiner la possibilité d’un changement profond dans les relations israélo égyptiennes, incluant même une opportunité pour faire la paix. En regardant les documents de ce projet connu sous le nom d’Icarus, qui ont été publiés par Ronen Bergman et Tom Segev et en lisant le livre d’Amit
« Tête à Tête » on a l’illustration que Dimona semblait pour lui un levier diplomatique pour une percée avec l’Egypte.
Amit n’a pas été le seul à penser cela. Le parlementaire Zalman Abramov des Généraux Sionistes et membre du Comité pour Prévenir la Nucléarisation du Moyen Orient, ont essayé de faire la promotion d’idées diplomatiques similaires. Quand je l’ai interviewé au début des années 90, il parlait de sa perception à l’époque qu’il était possible et nécessaire d’échanger l’option nucléaire israélienne pour la paix. Il a écrit un mémorandum personnel sur le sujet à l’adresse d’Eshkol et d’Eban (ministre israélien des affaires étrangères de l’époque), et les a rencontré, mais pour lui ce n’était pas clair si l’un des deux avait fait quelque chose là-dessus.
Une preuve de plus pour nourrir l’inquiétude d’Eshkol est venue d’une autre direction. En décembre 1966, il y a eu un accident industriel sérieux dans la Centrale de Dimona. L’un des ouvriers a été tué, une zone sensible de travail a été contaminée et cela a pris plusieurs semaines pour purifier et sceller la zone endommagée. L’accident a choqué tous ceux qui étaient responsables du projet nucléaire dont le premier ministre lui-même….
… Nous en venons à Mai 1967. La narration standard d’Israël jusqu’à maintenant n’a jamais discuté la dimension nucléaire de la guerre. Les mémoires du secrétaire militaire d’Eshkol le colonel Yisrael Lior, qui ont été éditées par Eitan Haber dans le livre
« Today War Will Break Out » (1988) (« Aujourd’hui la Guerre Eclatera ») ont révélé pour la première fois que des photographies aériennes avaient été prises par des partis hostiles à Israël au dessus de
« cibles stratégiques » pendant la période d’attente, et discutaient de l’impact de ces vols sur la façon dont les politiciens israéliens percevaient la crise. Dans deux articles au début des années 1990, dans Haaretz, Aluf Benn, a été, je crois, le premier à dire que la Guerre des Six Jours avait aussi une dimension nucléaire, citant les remarques quelque peu opaques du fondateur de Rafael (Autorité de Développement de l’Armement) Munia Mardor, sur
«le système d’armes fatales que mon peuple a réussi à amener à un niveau opération de préparation.»
De Gluska nous avons appris comment deux vols de photographies aériennes de haute altitude au dessus de Dimona le 17 mai et le 26 mai, ont été critiques pour l’armée israélienne et la compréhension par le gouvernement des intentions égyptiennes. Dans les deux cas, l’atmosphère de crise a été exacerbée dans les minutes qui ont suivi la découverte des vols. Le deuxième vol a été découvert en temps réel lors d’une rencontre du gouvernement. Rabin et Eshkol sont sorti pour une consultation immédiate. Rabin a rapporté
« une étrange et inquiétante transmission qui faisait état d’une coordination entre des bombardiers et des avions de combat. » A un moment donné on a craint que ce soit le début d’une attaque aérienne sur Dimona.
Le ministre Moshe Carmel a éventuellement parlé du
« choc » qui s’est emparé des membres du gouvernement quand il ont reçu le rapport d’une
« escadre d’avions de combat au dessus du réacteur de Dimona » Dans leur nouveau livre
« Foxbats Over Dimona : the Soviets’ Nuclear Gamble in the Six Days War », Isabella Ginor et Gideon Remez suggère pour la première fois qu’en fait les avions n’étaient pas des MiG 21s, comme les sources israéliennes le déclarent, mais plutôt des MiG 25s, volant avec aux commandes des pilotes soviétiques.
Cependant, en même temps, un drame encore plus important dans le chapitre de l’histoire du nucléaire israélien se jouait quelque part dans le pays. Dans mes livres
« Israël and the Bomb » et
« The Last Taboo » (le Dernier Tabou) j’ai avancé que le système d’armement de Mador (avec une certaine injustice) correspondait au
« niveau opérationnel de préparation» que c’était un système atomique improvisé vers la fin de mai 1967, au moment ou Israël préparait des endroits pour enterrer les milliers de victimes qu’on s’attendait à avoir à cause de la guerre.
Là, Israël a franchi le seuil qu’il n’avait jamais franchi auparavant.
C’était la première fois que le projet nucléaire dirigé par le professeur Dostrovsky avait pris des mesures d’urgence sérieuses. Maintenant pour la première fois Israël avait une vraie option nucléaire… Ces mesures d’urgence n’ont pas été prises, selon ma meilleure compréhension du sujet, pour répondre à une demande spécifique des plus hauts responsables militaires ou du gouvernement, et certainement pas en réponse à un besoin opérationnel concret. Elles ont été prises simplement parce que ceux qui faisaient le travail ne pouvait pas ne pas le faire. Le projet nucléaire avait atteint un point historique où il était possible de faire ceci, et ceux qui travaillaient sur le projet (Dostrovsky, Mardor, Joseph Tulipman le directeur du complexe scientifique nucléaire et leur personnel ndlt) ne pouvaient pas imaginer que de tels pas ne seraient pas faits au moment critique, même sans ordre venant d’en haut….
… Apres la Guerre des Six Jours, personne ne craignait plus une attaque préventive égyptienne contre Dimona et après les décisions du sommet de Kartoum personne ne cherchait plus de tentative de paix non plus.
L’excellente idée diplomatique de Meir Amit que l’atome pouvait peut être ouvrir la porte de la paix expirait.
L’auteur de cet article est chercheur à l’Université de Maryland et auteur de « Israël and The Bomb » et « The Last Tabou »
Traduction et choix des extraits Mireille Delamarre pour www.planetenonviolence.org
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