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'Quatre heures à Chatila' de Jean Genet - L'art et l'artiste au service de la non-violence active

"Des mots pour ne pas consentir" Sophocle

Non-violence culture – Sabra et Chatila - Quand l'art et la culture remplace le judiciaire honteusement défaillant : "Quatre heures à Chatila" de Jean Genêt. Retour sur les faits, l' arrogante impunité d'un criminel de guerre Ariel Sharon.... En Grande Bretagne, une lueur d'espoir surgit pour que Justice soient rendues pour d'autres crimes de guerre commis par des généraux israéliens à Gaza.



 'Quatre heures à Chatila' de Jean Genet -  L'art et l'artiste au service de la non-violence active
"Des mots pour ne pas consentir" Sophocle

En septembre 1982, Genet accompagne à Beyrouth Layla Shahid, alors présidente de l'Union des étudiants Palestiniens. Le 19 septembre, Genet est le premier Européen à pouvoir pénétrer dans le camp de Chatila. Témoin de la tragédie, Genet qui n'écrit plus depuis longtemps reprend la plume et rédige le plus important de ses articles politiques, "Quatre heures à Chatila", publié l'année suivante dans la Revue d'Études Palestiniennes. Ce texte magnifique, réquisitoire implacable contre les responsables de cet acte de barbarie, ne commence pas par évoquer l'horreur du charnier. Il commence par le souvenir des six mois passés dans les camps palestiniens avec les feddayin, dix ans avant le massacre de Sabra et Chatila.

"Sur les six parties, deux seulement sont consacrées à la description des charniers de Chatila. Pour aller plus loin et ne pas être aspiré par cette réalité insoutenable, disparaître en elle comme l'on sombre dans un gouffre, pour réagir et comprendre, Genet se remémore ce qu'il sait des Palestiniens quand il était parmi eux encore vivants. C'est l'objet des quatre autres parties qui sont une échappée de la mémoire en Jordanie, douze ans auparavant, alors que Genet vivait dans les camps palestiniens. Le visiteur hébété de Chatila se doit, pour ne pas devenir fou au milieu des cadavres en décomposition, de mettre au clair ce qu'ont été pour lui les Palestiniens vivants, et impérativement de parler de lui pour parler d'eux" (Alain Milianti, Le fils de la honte. Éd. Solin, 1992).

" Quatre heures à Chatila" extraits

"Il se passa dix ans et je ne sus rien d'eux sauf que les fedayin étaient au Liban. La presse européenne parlait du peuple palestinien avec désinvolture, dédain même. Et soudain, Beyrouth-Ouest.

Une photographie à deux dimensions, l'écran de télévision aussi, ni l'un ni l'autre ne peuvent être parcourus. D'un mur à l'autre d'une rue, arqués ou arc-boutés, les pieds poussant un mur et la tête s'appuyant sur l'autre, les cadavres, noirs et gonflés que je devais enjamber étaient tous palestiniens ou libanais.

Pour moi comme pour ce qui restait de la population, la circulation à Chatila et à Sabra ressembla à un jeu de saute-mouton. Un enfant mort peut quelquefois bloquer les rues, elles sont si étroites, presque minces et les morts si nombreux...

Le massacre de Chatila se fit-il dans les murmures ou le silence total, si les Israéliens, soldats et officiers, prétendent n'avoir rien entendu, ne s'être doutés de rien alors qu'ils occupaient ce bâtiment (Ambassade du Koweït), depuis le mercredi après-midi ?

La photographie ne saisit pas les mouches ni l'odeur blanche et épaisse de la mort. Elle ne dit pas non plus les sauts qu'il faut faire quand on va d'un cadavre à l'autre....

Sans doute j'étais seul, je veux dire seul Européen avec quelques vieilles femmes palestiniennes s'accrochant encore à un chiffon blanc déchiré, avec quelques jeunes feddayin sans armes. Mais si ces cinq ou six êtres humains n'avaient pas été là et que j'aie découvert cette ville abattue, les Palestiniens horizontaux, noirs et gonflés, je serais devenu fou.

Ou l'ai-je été ? Cette ville en miettes, et par terre que j'ai vue ou cru voir, parcourue, soulevée, portée par la puissante odeur de la mort, tout cela avait-il eu lieu ?...

Trois jeunes gens m'entraînaient dans une ruelle.
Entrez, monsieur, nous on vous attend dehors....

Jean Genet




Les crimes l'injustice l'affront

 'Quatre heures à Chatila' de Jean Genet -  L'art et l'artiste au service de la non-violence active
Les crimes

Le 10 septembre 1982, les forces multinationales ont quitté Beyrouth. Le lendemain, le Général israélien Ariel SHARON annonçait que "deux mille terroristes" restaient encore dans les camps de réfugiés palestiniens autour de Beyrouth.

Le mercredi 15 septembre, après l'assassinat la veille du président-élu Bachir GEMAYEL, l'armée israélienne occupait Beyrouth-ouest, "encerclant et bouclant" les camps de Sabra et de Chatila, habités uniquement par une population civile palestinienne et libanaise, les résistants armés ayant évacué Beyrouth et sa banlieue. Historiens et journalistes s'accordent pour admettre que c'est probablement lors d'une rencontre entre A. SHARON et B. GEMAYEL à Bikfaya le 12 septembre, qu'un accord a été conclu pour autoriser les "Forces libanaises" à "nettoyer" ces camps palestiniens.

L'intention d'envoyer les forces phalangistes dans Beyrouth-ouest avait déjà été annoncée par SHARON le 9 juillet 1982 et dans sa biographie, il confirme avoir négocié l'opération lors de la rencontre de Bikfaya. Selon les déclarations d'Ariel SHARON au parlement israélien en date du 22 septembre 1982, l'entrée des Phalangistes dans les camps de réfugiés de Beyrouth fut décidée le mercredi 15 septembre 1982 à 15h30.

Le jeudi 16 septembre 1982, l'armée israélienne contrôle l'ensemble de Beyrouth-ouest. Au matin du 16 septembre, l'ordre 6 est donné par le haut commandement de l'armée:La fouille et le nettoyage des camps sera fait par les Phalangistes milices chrétiennes libanaises alliées des israéliens. Vers midi, le commandement militaire israélien donne aux milices phalangistes le feu vert pour entrer dans les camps de réfugiés. Peu après 17h, une unité d'environ 150 Phalangistes entre par le sud et le sud-ouest dans le camp de Chatila.

Pendant 40 heures, dans les camps "encerclées et bouclés", les miliciens phalangistes vont violer, tuer, blesser un grand nombre de civils non armés, en majorité des enfants, des femmes et des vieillards. Ces actions sont accompagnées ou suivies de rafles systématiques, avalisées ou renforcées par l'armée israélienne, résultant dans des dizaines de disparitions.

Jusqu'au matin du samedi 18 septembre 1982, l'armée israélienne, qui savait parfaitement ce qui se passait dans les camps, et dont les dirigeants étaient en contact permanent avec les dirigeants des milices qui perpétraient le massacre, s'est non seulement abstenue de toute intervention, mais a fourni une aide directe en empêchant des civils de fuir les camps et en organisant un éclairage constant des camps durant la nuit, moyennant des fusées éclairantes, lancées par des hélicoptères et des mortiers.

Les chiffres des victimes varieront entre 700 et 3.500. Le chiffre exact ne pourra jamais être déterminé parce que, outre environ 1.000 personnes qui ont été enterrées dans des fosses communes par le C.I.C.R. ou enterrées dans des cimetières de Beyrouth par des membres de leur famille, un grand nombre de cadavres ont été enterrés par les miliciens eux-mêmes, qui les ont ensevelis sous des immeubles qu'ils ont détruits avec des bulldozers. Par ailleurs, surtout les 17 et 18 septembre, des centaines de personnes avaient été emmenées vivantes dans des camions vers des destinations inconnues et ont disparu.

Le Conseil de Sécurité des Nations Unies a condamné le massacre par la résolution 521 (1982) du 19 septembre 1982. Cette condamnation a été suivie par une résolution de l'Assemblée Générale du 16 décembre 1982 qui a qualifié le massacre comme "acte de génocide".

Sous la pression d'une manifestation de 400.000 participants, le parlement israélien a nommé une commission d'enquête sous la présidence de Monsieur Yitzhak KAHAN en septembre 1982. Malgré les limitations résultant tant du mandat de la Commission (un mandat politique et non judiciaire) que de son ignorance totale des voix et demandes des victimes, la Commission a conclu que "Le Ministre de la Défense était personnellement responsable" des massacres.

L'injustice: quand le judiciaire belge est muselé par le politique sous la pression des israéliens

Depuis le massacre, les victimes et survivants des massacres n'avaient bénéficié d'aucune instruction judiciaire, ni au Liban, ni en Israël, ni ailleurs.

En vertu de la compétence universelle des tribunaux belges (loi du 16 juin 1993), le 18 juin 2001 une plainte avec constitution de partie civile pour crimes de genocide, crimes de guerre, et crimes contre l'humanité est déposée en Belgique à Bruxelle par 3 avocats Maîtres Chibli MALLAT , Luc WALLEYN, Michaël VERHAEGHE, représentant des victimes et des familles de victimes.

"Les plaignants se constituent partie civile contre Ariel SHARON, ministre de la défense d'Israël au moment des faits, actuellement premier ministre, contre Amos YARON, commandant de division et général de brigade au moment des faits, et contre toute autre personne, qu'elle soit israélienne ou libanaise, dont la responsabilité sera établie dans les événements."

Sous la pression politique des Etats Unis et de l'Etat israélien, la loi belge a été modifiée depuis à la suite du dépôt de plainte et constitution de partie civile, empêchant ainsi le proces d'avoit lieu.

La Justice n'a toujours pas été rendue aux victimes et à leurs familles.

Pendant ce temps...L' affront

Le 15 septembre 2005, 23 ans apres les massacres de Sabra et Chatila, le Général de réserve israélien Ariel Sharon devenu premier ministre de l'Etat israélien, et qui n'a jamais été jugé pour ses crimes, est reçu à la Tribune de l'ONU, un affront à la mémoire des victimes des massacres de Sabra et Chatila.

[Visiter le site sur la plainte belge contre Sharon pour les crimes de Sabra et Chatila] url:http://www.sabra-shatila.be/aanklacht/aanklachttekstFR.htm


En Grande Bretagne, une lueur d'espoir pour que justice soient rendues pour d'autres crimes de guerre commis par des généraux israéliens à Gaza.

Des hauts gradés de l'armée israéliennes menacés d'être arrêtés et traduits devant un tribunal anglais pour crimes de guerre s'ils entrent en Grande Bretagne.

Le colonel de reserve israélien Doron Almog n'a pu débarqué d'un l'avion de la cie israélienne El Al dimanche 11 septembre, car il risquait d'être arrêter par la police britannique suite à une plainte déposée contre lui par un groupe de palestiniens et un groupe d'objecteurs de conscience israélien Yesh Gvul. Cette menace vaut également pour l'actuel chef d'Etat Major de l'armée israélienne Dan Halutz. Ces deux hommes sont accusés de l'assassinat d'un militant palestinien Salah Sheradeh en juin 2002 par le largage d'une bombe d'une tonne sur une zone densément peuplée de Gaza qui avait également tué 14 civils palestiniens la plupart des enfants. Cela vaut également pour le général israélien de reserve Ya'alon.

La nouveauté dans cette affaire c'est le fait qu'une organisation israélienne se porte partie civile au côté de l'association palestinienne The Palestinian Center for Human Rights de Gaza pour les plaintes concernant Halutz et Ya ‘alon. Yesh Gvul a également fait passé des documents à charge au bureau britannique d'avocats en charge de la défense Hickman and Rose concernant des faits incriminant Almog.

Pour Yesh Gvul, les procedures légales entamées en Grande Bretagne n'ont pas eté engagées à la légère mais apres des tentatives infructueuses aupres de la Haute Cour de Justice israélienne pour qu'une enquête soit ouverte sur ces crimes. Yesh Gvul avait prévenu qu'au cas ou la Justice israélienne n'agirait pas, l'organisation porterait l'affaire à l'étranger devant une juridiction habilitée à le faire.

Israel n'ayant pas ratifié le traité sur la Cour Pénale Internationale de la Haye l'affaire ne peut être jugée par elle. Par contre, des pays comme la Grande Bretagne, la Belgique, l'Allemagne, l'Espagne ont passé des lois donnant juridiction universelle à leurs tribunaux en ce qui concerne les crimes de guerre, crimes contre l'humanité, et crimes de génocide. D'apres ces lois, si les personnes incriminées, quelque soit leur nationalité, ne sont pas jugées dans leur pays parce que celui-ci ne peut ou ne veut le faire, elles peuvent être traduites devant ces tribunaux des lors qu'elles séjournent dans ces pays ayant passés ces lois.

Comme c'est effectivement ce qui se passe dans le cas des militaires israéliens, puisqu'aucune enquête sérieuse n'a pour l'instant démarré nonobstant la demande de Yesh Gvul aupres de la Haute Cour de Justice israélienne, et ce depuis deux ans, ceux-ci peuvent dorénavant être arrêtés et poursuivis dans les pays précités.

Il va sans dire que des pressions israéliennes vont être exercées sur le gouvernement britannique pour qu'il modifie cette loi de compétence universelle comme cela a été le cas avec la Belgique pour la plainte contre Sharon. En espérant que le judiciaire britannique ne se laisse pas museler par le politique de Blair, Sharon and Co.


Mardi 13 Septembre 2005

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